Il ne faut pas seulement donner ce qu’on a mais aussi ce qu’on est

Publié par Bernard Bassama 493 lectures
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Nous sommes en 1993, je vis au Cameroun quand je tombe malade. Je pense au paludisme et je me rends dans une clinique pour me faire soigner. On me donne effectivement un traitement contre le paludisme mais je suis testé contre le VIH à mon insu.

A ma sortie, un médecin m’informe en anglais que le test est revenu positif et que je dois faire confirmer le résultat par un Western blot. Je vais faire le test à l’hôpital mais pour obtenir les résultats, je dois retourner vers le médecin prescripteur de la clinique. A ce moment-là je me sens mieux, et lors de la consultation je n’ai pas le courage de lui demander le résultat. Nous ne parlons pas de ma santé mais de la pluie, du beau temps et de football. Le médecin non plus n’abordera par la question du test, sans doute un oubli de sa part.

En 1998, j’ai 39 ans, je tombe gravement malade. J’ai cinq enfants, dont deux avec ma compagne avec qui je vis maritalement. Je suis hospitalisé dans une clinique où un médecin m’annonce ma séropositivité. Je me sens tellement mal que l’annonce ne m’atteint pas tant que ça, je pense que je vais mourir avec ou sans le sida. Le médecin qui s’occupe de moi est également biologiste, il me dit : "Si tu as 800 euros, je peux te prescrire et te procurer une trithérapie qui vient des États-Unis". Je paye alors 800 euros par mois pour un sachet de cachets qui n’ont que le nom de trithérapie. En parallèle, il falsifie mes résultats d’analyses qui s’améliorent de mois en mois pendant que ma santé se dégrade de plus en plus, jusqu’à ce que je m’écroule dans son bureau quelques mois plus tard. Il me dit qu’il ne peut plus me prendre en charge et que je dois aller me faire soigner ailleurs. Je rentre chez moi. Ma compagne, qui a fait un test, est séronégative. Elle me demande de quitter la maison et me sépare de mes deux derniers enfants. J’avais une vie de famille, des responsabilités familiales et je perds tout.

En décembre 1998, je suis en phase terminale, à nouveau hospitalisé. Après 15 jours, le médecin conseil de l’assurance me demande de rentrer mourir chez moi. C’est à ce moment-là que mon père que j’évitais, pour ne pas le tourmenter avec mon état de santé, vient me voir. Je me confie à lui : "le sida est en train de me tuer et je ne t’ai rien dit". A l’époque j’ai une bonne situation, je suis ingénieur de formation et mon père me conseille d’en parler à mon employeur pour lui demander une aide pour la prise en charge de mon traitement ; il accepte.

Je rencontre un médecin qui propose de m’accompagner acheter ma trithérapie dans un centre répartiteur et c’est là que j’achète ma première trithérapie. Je reprends des forces après quelques mois. Le traitement coûte cher, 800 euros chaque moi, alors pour l’économiser, je ne le prends pas aussi régulièrement que je devrais. Je suis alors suivi dans un centre médical par le docteur Meilo qui m’explique que j’ai développé des résistances. Après mon troisième échec thérapeutique, elle me conseille d’aller en France, seule possibilité pour moi d’avoir un nouveau traitement efficace.

J’arrive en France en janvier 2003. J’habite dans un hôtel que je paye plus de 40 euros par jour. Après deux semaines, je n’ai plus d’argent. Je me rapproche de l’association Aides qui me trouve une solution de logement chez un compatriote camerounais. Je dois attendre quatre mois avant de commencer un traitement qui fonctionne moyennement. Je fais un nouvel échappement thérapeutique. Après trois combinaisons thérapeutique différentes, c’est en 2008 que mon virus est enfin maîtrisé et que ma charge virale est indétectable ! Je vais garder ce traitement pendant presque 10 ans pour en changer en 2017 pour Triumeq afin d’amoindrir les effets indésirables.

20 ans de combat gagné contre le virus !

En 2009, je rencontre une nouvelle compagne sur un site de rencontre. Comme moi, elle est camerounaise. Je retourne deux fois par an au Pays pour la voir, elle et mes enfants, et nous nous marions en 2013. J’entame ensuite une procédure de rapprochement familial et elle pourra enfin venir me rejoindre en France en novembre 2016.

C’est fantastique pour moi, 20 ans après, de pouvoir contribuer à faire grandir mes enfants. Aujourd’hui je suis aux UPS (universités des personnes séropositives) avec ma femme et c’est comme un cadeau de Noël, comme un sursaut de vie dans un cadre bienveillant et agréable.

J’encourage toutes les personnes séropositives à se confier à au moins une personne parce que le médecin seul ne suffit pas. Il faut chercher autour de soi une personne de confiance. Il faut participer à la lutte contre le VIH à son niveau. Accepter sa maladie, c’est la combattre et sortir de la culpabilité.

Je remercie Aides qui m’a accompagné pendant ces 20 ans de lutte.

Propos recueillis par Sophie Fernandez

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Commentaires

Portrait de Marie Dani

Bonjour cher compatriote 

je suis super émut de vous lire 

votre temoignage m’a bouster je suis aussi séropositive depuis peu et je me dit dans ce monde je ne suis pas la seule dans cette situation on doit se battre 

je vous souhaite tout le bonheur avec votre famille