Marche des activistes : la magie n'a pas opéré

Publié par Stéphane Calmon le 24.07.2018
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En ce premier jour de la conférence Aids 2018, tous les activistes de la lutte contre le sida étaient prêts et motivés pour un des temps fort : la marche militante pour que nos revendications et combats sortent des murs du centre des congrès et associe la population locale.

Copyright : Matthijs Immink/IAS

Pour avoir eu la chance et la joie d'en vivre plusieurs, c'est vrai que ces marches ont de la gueule, c'est un peu notre marche des fiertés des militants-es de la lutte contre le sida.

À Washington, des cars entiers étaient venus des 50 États avec des personnes vivant avec le VIH pour la plupart dans des états de santé indigne du pays où le dollar est roi. Certaines étaient venues avec leur déambulateur, en chaise roulante, avec leur douleur, leurs maux et leurs sourires alors que le système de santé ultra libéral qu’elles connaissent laisse sur le bord du chemin les plus démunis, les plus faibles et les personnes malades. La révolte s'entendait dans les slogans et se lisait sur les visages fermés des manifestants-es venus crier la colère face à de telles injustices devant les fenêtres de la Maison blanche. En écrivant ces lignes malgré la forte chaleur d’Amsterdam, un frisson me parcourt en y repensant.

A Durban (Afrique du Sud), toute autre ambiance quand les 10 000 participants-es ont convergé vers le Zulu Park. Ce sont les chants des différentes ethnies du pays qui ont ponctué le début de la grande marche activiste. L'ambiance n'était pas que festive. A l'initiative de Tac (Traitment action campaign), la plus importante association de personnes touchées en Afrique du Sud, les principaux combats ont été scandés devant la foule sud-africaine présente en masse : l'accès aux traitements pour tous, la baisse inexorable des financements internationaux contre l'épidémie ou encore la fin de la stigmatisation des groupes les plus vulnérables au VIH.

A notre arrivée en avance, pour la marche hollandaise, j'ai eu une première surprise en découvrant la taille de la place où les activistes étaient attendus. Elle était à peu près aussi grande que celle de mon village d'enfance de 1 000 habitants perdu dans les vignes autour de Saintes et Cognac. Lors des discours d'ouverture de la marche, des activistes ont été mis à l'honneur pour avoir marché de Bruxelles à Amsterdam pour attirer l'attention des populations européennes rencontrées. Signe précurseur peut-être, mais cette belle initiative n'a pas rencontré le succès ni l'écho attendus. Puis la petite troupe d'activistes présents a commencé à s'ébranler dans les rues entre les beaux canaux et les jolies maisons aux balcons fleuris ... dans un silence étourdissant malgré nos tentatives à coup de cornes de brune de lancer des slogans dans l'indifférence quasi générale de la population. En fait quelques minutes de fermeture auraient suffi en raison de la faible mobilisation de cette marche dite activiste et d’un rythme de marche, très soutenu, poussés à avancer que nous étions par l'encadrement. Cette marche où des personnes séropositives sont présentes, avec pour certaines un état de santé difficile, et bien, moi-même, pour d'autres raisons de santé, je n'ai jamais réussi à la rattraper malgré mes efforts. Espérons que ce premier jour de conférence ne sera pas à l'image de la mobilisation activiste en Europe et de l'implication des populations et des États.

Personnellement je n'ai pas eu le frisson que j’avais connu précédemment. C’est l'ennui qui m'a envahi ici. La magie n'a pas opéré !