Rêveuse contre briseuse de rêve !

Publié par jfl-seronet le 23.01.2018
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Elle est actrice, connue pour de merveilleux rôles où sa grâce touche et émeut. Elle joue souvent au théâtre où son énergie emballe les pièces qu’elle porte — seule ou avec d’autres comédiens.

Elle est désormais romancière avec un premier livre : "Les rêveurs" (Editions Grasset). Ce roman, très nourri de son expérience personnelle et à l’accueil critique favorable, lui vaut d’être invitée dans les médias. Elle a été interviewée par "Marie Claire", par François Busnel dans l’émission littéraire de France 5 et récemment sur France Inter pendant la matinale...

Dans son premier roman donc, "Les rêveurs", la comédienne raconte son enfance au sein d'une famille compliquée : "Avoir une famille à la fois d'aristos et de cheminots était une grande richesse", explique la comédienne qui précise aussi : "Les éléments sont autobiographiques, mais j'ai redistribué les cartes à ma façon". Quoi qu’il en soit, il est question d’enfance (la sienne), de sa famille et de l’homosexualité de son père. Une homosexualité au temps des années 50 que le père proclame courageusement. "Je suis homo, vous devez m'accepter comme ça !", crie-t-il à sa famille, à Isabelle… Une scène qu’elle raconte dans son livre. A l’antenne, interrogée par Léa Salamé, elle convient : "Etre homo dans les années 50, c'était pas encore si simple".

"J'ai écrit ce livre sans mener d'enquête", explique la comédienne à l’antenne. "En me remettant dans l'état d'esprit de cet enfant". Suivant les traces d’une célèbre auteure américaine, Joyce Carol Oates, Isabelle Carré, écrivaine, reprend le credo de l’auteure de "Haute enfance" : "Un écrivain, c'est quelqu'un qui s'attache aux mystères de l'enfance". 
Ce premier roman, elle l’a voulu comme un "hommage aux mystères de l'enfance, un roman d'apprentissage" ; un livre qui "parle de l'image sociale de chacun". Dans son esprit, il a aussi vocation à défendre les enfants d’homos. D’ailleurs, dans ses interviews, elle monte au créneau. Sur France Inter, elle s'indigne des manifestations de la Manif pour Tous : "Nous les enfants d'homo serions malheureux ? Mais comment décider du bonheur ou du malheur des autres sans les écouter ?". "Je cherchais partout, pendant les manifestations, des témoignages pour me retrouver en tant qu’enfant d’homo. Je n’en trouvais pas en dehors des sites spécialisés LGBT. (…) On ne les invitait pas dans les médias", explique-t-elle. "La figure du père homo n’existe pas, ni dans la littérature ni dans les films, analyse-t-elle à la radio en paraphrasant Christophe Honoré. Que dire des enfants d’homos ? J’ai aussi eu besoin d’écrire ce livre pour faire exister cette figure-là", précise la comédienne.

Du traumatisme, elle en parle encore… mais il n’est pas là où l’on croit. Celui dont elle parle dans son interview à "Marie-Claire", c’est celui lié à l’homophobie des manifestations anti mariage pour tous. Interviewé par Fabrice Gaignault sur la raison de la sortie, maintenant de son roman, elle explique : "Pour, en partie, une raison : l’homosexualité de mon père. J’ai été traumatisée par la Manif pour tous. Je ne m’attendais pas à une telle homophobie, et j’ai été très étonnée de voir que ces manifestants s’inquiétaient des enfants d’homos alors qu’on n’entendait pas ceux-ci dans les médias. Je me suis dit : "Tiens, c’est étrange qu’on puisse s’exprimer à la place des autres en prétendant qu’ils sont tous malheureux". Ce livre parle de plein de gens qui bricolent leurs vies, essaient d’aller vers leur liberté et leur propre vérité. Avec, toujours en tête, ce titre d’un film d’Alain Resnais, "La vie est un roman"." Ce n’est pas un hasard si le livre s’ouvre sur, notamment, cette citation de Louis Aragon : "Le roman, c’est la clé des chambres interdites de notre maison".

Elle est retraitée de la politique, mais pas des plateaux télé où ses excès, ses formules homophobes font d’elle, hélas, une bonne cliente ! Elle était opposée au PaCS pour les couples homos parce que, prétendait-elle, cela singeait le mariage. Elle était encore hostile au mariage des couples de même sexe… En fait, elle est contre l’égalité des droits. En mars 2009, elle expliquait à "Libération" : "Je n'accepterai pas que l'on reconnaisse l'homoparentalité de façon détournée". En 2012, celle qui est alors ministre du logement explique : "L’homoparentalité est une tromperie, c’est une construction puisque l’enfant a besoin d’avoir un homme et une femme pour exister". Christine Boutin a souvent parlé à la place des enfants d’homos, croyant savoir ce qui était mieux pour eux. Elle s’est maintes et maintes fois exprimer à leur place en prétendant qu’ils sont tous malheureux. Elle a fait partie des participant-e-s aux manifestations contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Récemment, la justice lui a donné raison dans une affaire où elle était poursuivie. En 2014, Christine Boutin affirme dans un entretien à la revue Charles que "l'homosexualité est une abomination". Au tribunal, l'ancienne députée des Yvelines explique que son "opinion s'inscrit dans la tradition chrétienne". Elle est condamnée pour "provocation à la haine ou à la violence". Peine qui sera confirmée en appel. C’est cette condamnation que la Cour de cassation a annulé. La juridiction a estimé que "le propos incriminé, s'il est outrageant, ne contient néanmoins pas (...) d'appel ou d'exhortation à la haine ou à la violence".

"Je suis heureuse d'être blanchie par cet arrêt de la plus haute cour française", a réagi Christine Boutin auprès de l'AFP. "Je suis surtout satisfaite de constater que la Cour de cassation a confirmé que la liberté d'expression et la liberté de conscience existaient toujours dans notre pays", a-t-elle ajouté. C’est sûr que de pouvoir tenir de tels propos, c’est une sacrée avancée pour les libertés, le respect des autres. C’est sûr, elle ne fait pas partie des "rêveurs". Non, elle serait plutôt dans la catégorie "briseurs de rêves".

"Les rêveurs", par Isabelle Carré, éditions Grasset, 20 euros.