Sortir de l’eau ?

Publié par jfl-seronet le 05.07.2016
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"Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur", énonce un proverbe russe. La formule ouvre des horizons sans limites à la pensée dès lors qu’on l’applique à des domaines particuliers.

Prenons l’exemple de la lutte contre le sida dans la Fédération de Russie. En mai dernier, une campagne nationale de sensibilisation "Stop VIH/Sida" était lancée dans plus de 200 établissements d'enseignement supérieur à travers toute la Russie, d'Irkoutsk en Sibérie orientale, à Ekaterinbourg dans l’Oural, de Saint-Pétersbourg dans le nord-ouest à Kazan dans la Volga. La campagne était menée avec des laboratoires mobiles pour des tests gratuits du VIH. La campagne, inédite à cette ampleur, entendait aussi faire passer un message : "Dire à haute voix à la société que le problème existe". Le problème ? C’est une épidémie de VIH qui ne cesse de se développer dans ce pays qui compte quelque 146 millions d’habitants.

"En Russie, il n'y a pas assez de financement public pour la lutte contre le VIH à l'échelle nationale, et les programmes spéciaux de prévention du VIH chez les toxicomanes n'existent pratiquement pas", déplorait alors, auprès du correspondant de l’AFP, un expert russe. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agissait de Vadim Pokrovski, chef du Centre fédéral russe de la lutte contre le sida. Ce dernier expliquait alors, qu’en 2015, le nombre de séropositifs avait dépassé la barre d'un million en Russie, que plus de 200 000 personnes étaient déjà décédées des suites du sida. Bien évidemment, ces chiffres ne tiennent pas compte du fait que de nombreuses autres personnes sont probablement infectées, mais qu’elles l'ignorent encore car elles n'ont pas été testées et diagnostiquées.

Autre mauvais chiffre. Le nombre de mineurs séropositifs dans le pays a augmenté en 2015 d'environ 8,5 % par rapport à l'année précédente en passant à 9 792 personnes, dont la plupart sont nées de mères vivant avec le VIH. Cette donnée ne peut que choquer alors que dans les pays du Sud… on note d’importants succès dans la prévention de la transmission de la mère à l’enfant grâce à des politiques volontaristes dans le domaine. Et Vadim Pokrovski de donner le coup de grâce : "Pour la seule année 2015, environ 100 000 nouveaux cas du VIH ont été détectés en Russie. C'est un taux très élevé, peut-être même plus élevé que dans le reste de l'Europe".

A quoi cela est-il dû ? A des erreurs politiques et stratégiques en matière de lutte contre le sida. Des erreurs identifiées par les experts y compris en Russie, mais qu’aucune décision de santé publique ne vient corriger.

Par exemple, seules quelques dizaines d'organisations non gouvernementales actives dans une quarantaine de villes en Russie mènent actuellement des programmes de prévention du VIH chez les personnes usagères de drogues. Alors que c’est le groupe le plus vulnérable dans le pays. Elles seules conduisent des politiques de réduction des risques qui seraient encore plus efficaces si ces ONG n’étaient pas dans le collimateur des autorités russes. Le plus souvent, ces ONG sont considérées comme des "agents de l'étranger" parce qu’elles reçoivent des financements étrangers. Une loi russe, adoptée en juillet 2012 par le parlement russe, oblige toutes les organisations qui bénéficient d'un financement étranger et qui ont une "activité politique", un concept à la définition floue, à s'enregistrer comme "agent de l'étranger" et à s'afficher en tant que tel dans toute communication ou activité publique, rapporte l’AFP. Cela ouvre alors la porte aux pressions, aux intimidations… et dissuade d’ailleurs des ONG. Résultat ? La Russie fait les mauvais choix, s’appuie sur des positons doctrinaires et sécuritaires qui font le lit de l’épidémie. Les projets les plus ambitieux sont souvent financés par des fonds privés, c’est le cas de la campagne "Stop VIH/Sida". Bien sûr, les ONG multiplient les messages d’alerte. Si le nombre de personnes infectées continue d'augmenter au même rythme d'ici 2021, "la menace risque de se transformer en une épidémie généralisée", a ainsi mis en garde la fondation organisatrice de la campagne "Stop VIH/Sida". L'épidémie est considérée comme généralisée dans un pays lorsque 1 % des femmes enceintes sont infectées, rappelle Vadim Pokrovski. "En Russie, ce taux est de 0,8 %, mais il augmente, et le risque d'une grave épidémie est très élevé", précise l’expert.

Bon, on se dit que cette fois, le message a été entendu, qu’il a été pris au sérieux. Et que les avis des experts ne vont pas être considérés comme de l’ingérence dans les affaires intérieures voire pire, de la propagande de l’étranger… On a même envie d’être confiant. Et puis, non. Rien ne se passe comme prévu. Début juin, la nouvelle tombe : "Des experts du Kremlin attribuent la propagation du VIH à "l’industrie du préservatif". Une blague ? Pas du tout. C’est du vrai, du lourd !

Et la nouvelle est d’ailleurs longuement traitée par la correspondante du quotidien "Le Monde" à Moscou et d’autres médias. Ces "experts" sont les dirigeants de l’Institut russe d’études stratégiques", un organisme qui est rattaché au Kremlin. Le 30 mai, ils présentent aux parlementaires russes un solide rapport d’une soixantaine de pages. Sans entrer dans tous les détails, ces "experts" expliquent que la propagation du VIH en Russie, très forte, comme on a vu, est le résultat d’un développement de l’industrie pornographique sur Internet, de l’industrie des préservatifs qui entend vendre les capotes qu’elle commercialise et qui pour ce faire, incite les jeunes et les mineurs à avoir des rapports sexuels précoces… Et puis comme si cela ne suffisait pas, ils ajoutent : "Le VIH est utilisé comme un élément de la guerre d’information contre la Russie".

Comme souvent, la paranoïa joue à plein. Oui, mais pas seulement. En effet, derrière la défense de la mère patrie, désormais déclinée au VIH, on trouve une forte critique de l’Europe et du modèle occidental, forcément décadents. Comme le rapporte "Le Monde", l’Institut russe d’études stratégiques avance que le modèle occidental entretient un "contenu idéologique néolibéral insensible aux particularités nationales qui octroie des droits absolus aux toxicomanes et LGTB". Ce prétendu modèle occidental s’opposerait au modèle russe qui, lui, "prend en compte les particularités historiques, culturelles et psychologiques de la société russe, basée sur une idéologie conservatrice et les valeurs traditionnelles". A bien comprendre, il y aurait un choc des cultures et le prétendu modèle décadent de l’Ouest utiliserait le prisme du VIH pour dénaturer l’âme russe. On se dit que les "experts russes" ont des solutions pour lutter efficacement contre l’épidémie de VIH… on regarde ce que disent les journaux… et on découvre une idée, largement relayée dans la presse…  par un des experts : "La meilleure protection, c’est la famille monogame, hétérosexuelle et fidèle".

Idée super originale qui a fait ses preuves comme chacun sait… Et on se dit que c’est vraiment mal barré pour une lutte efficace contre le VIH. Et on ne peut que se rappeler de cette citation russe : "Là où il y a une volonté, il y a un chemin". C’est de Lénine. Où est-elle cette volonté aujourd’hui ? Qui l’incarne ? Qui fera sortir de l’eau ?

Commentaires

Portrait de jean75017

on connait l'avis du monde sur la Russie du pain bénie pour eux ..

puis aux États-Unis aussi on prone la fidélité contre le vih , aux États-Unis unis les tox sont mis en détention aux états unis aussi le taux de vih est très élevée.. Mais on en parle pas (peu) comment la Russie ferait confiance au associations européenne quand on sait que leu fait un embargo sur la Russie? Bref encore de la propagande anti russe alors que le vih est pris en charge par l'état russe .