"T’es séropo ?"

Publié par Mathieu Brancourt le 06.08.2014
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Cette question que l’on me pose, c’est mon marronnier de l’été. Rares sont les fois où j’ai échappé, au détour d’une conversation avec un-e inconnu-e, au lien de causalité militant sida = séropositif. Autant qu’il m’emmerde profondément et oblige à une auto-justification dont je peine parfois à voir le bout, je trouve qu’il met en exergue la vision profondément rigide de certains à l’engagement pour une cause. Et ça me rend fou.

J’ai commencé à militer dans une association de lutte contre le sida à 20 ans. Parce que je me sentais concerné certes, mais aussi parce que je pense que cet enjeu permet de questionner le regard de la société bien au-delà de la santé. Cette conviction, lorsqu’on en vient au "small talk" entre deux bières avec mes camarades de bar, j’en parle facilement. Et souvent, de but en blanc, à interrogation sur ma vie en vient une autre, presque automatique : "Ah, t’es séropositif ?", voire le plus gênant "T’as le sida ?" Je suis séronégatif, alors je réponds non et je pourrais m’arrêter là et passer à autre chose. Mais non, je peux pas.

L’intention n’est pas toujours mauvaise, mais l’idée qu’il faut être directement concerné par une cause pour pouvoir la défendre me paraît profondément stupide. Certes, on n’est jamais autant sensibilisé à une discrimination que lorsqu’on peut la vivre au quotidien. Et le fait est que parmi les premiers activistes contre cette épidémie, nombreux vivaient ou vivent encore avec le VIH. Mais doit-on être forcément noir pour combattre le racisme, une femme pour être pro-féministe ou migrant pour défendre le droit des étrangers ? Je refuse cette logique qui voudrait que nos convictions doivent s’arrêter à qui l’on est, à ce qui nous est propre. Et puis ça veut dire quoi concerné ? Seulement moi, mes proches, mes amis, mes amants ? J’ai l’envie de croire que les batailles ne se cloisonnent pas, qu’il ne faut attendre d’être "légitime" pour s’indigner et que l’on puisse détester toute les stigmatisations et pas seulement une, dans cette belle notion de convergence des luttes.

Mais le pire, c’est que j’ai presque l’impression d’être soulagé de répondre par la négative, devant l’œil circonspect de mon interlocuteur. Comme un dégueulasse "ouf" de soulagement. Séropositif ou non, et alors !? Car c’est précisément pour cela que je me bats. Pour qu’un jour ou l’autre, la question ne se pose plus. Pas seulement pour en finir avec le sida, mais aussi qu’on puisse imaginer qu’un investissement militant dépasse sa propre histoire. Une conscience de ce qui nous entoure, bien au-delà de notre environnement direct. Un bel espoir, hein ! D’ici là, cette question me sera encore posée. Et j’y répondrai, encore. Jusqu’à quand ?

Commentaires

Portrait de maya

C'est curieux , mais moi aussi je pose cette question à un moment donné aux "aidants" que je rencontre, je rencontre toujours des regards genés quand l'autre me répond non...pourquoi?? quel privilege est-ce donc ...

pas question de jugement sur l'autre juste pour savoir ce qu'il est capable de comprendre sans que j'explique.

la question d'après la tienne est "mais comment t'as chopé ça ? et celle la est aussi bien crispante car elle est en terme de maladie assez solo quelle autre pathologie justifie cette question ? I yen a peu..

biig up à tous les seronegs "aidants" !!!

Kiss

Portrait de tony75

perso moi aussi je demande toujour si les AIDAN son seropo car jai parfois limpression quil se lance la dedan pour brillé faire les Humaniste faire avancer la cause gay ou pire encore faire carriere et senrichire sur mon dos... Je sais que je suis assez pessimiste comme garcon mais jai plus vraiment foi aux etre humain... Question de vecu apres si les gens le font de bon coeur c genial mais g limpression que les bonne ames se font de plus rares de nos jour ...

Portrait de bleuocean06

tony75 et bien souvent les aidans n ont pas forcement notre vécu, ne sont pas dans nous, ne sont pas nous......

Portrait de tony75

mais ils vivent de nous .... Et de la peur quon engendre au seroneg c sa qui me gene! Mais bon toutes les assoc fonctionne ainsi il y a qua voir le salaire des dirigean sa refroidirait plus dun donneur je vous le dit .. Triste epoque

 

Portrait de IMIM

que le "monde séropos" est très exclusif ! 

N'en prends pas mouche Mathieu ! 

Ils n'ont pas encore compris que pour remporter un combat toutes les forces doivent être réunis.

Ils se dispersent au lieu de faire bloc. Et ils perdent ....

Portrait de tony75

Diviser pour mieux regner ???

Portrait de Julien_O6

Beau billet, bien écris et intelligent. Merci!

les Aidants que je connais je ne leur ai jamais posé la question, c'est eux qui m'en ont parlé au détour d'une discussion un peu comme on parle de sa famille ou d'un bon livre, c'est à dire comme quelque chose d'intime et qu'on veut faire partager .

Bises.

Portrait de Philippe HAZOTTE

Pour moi, le fait qu"ils soient ou ne soient pas concernés par le HIV ne me gène pas, après vingt ans de contamination j'ai dépassé ce stade.

Ce que je regarde, c'est le travail qu"ils font et ce que ça apporte à notre quotidien. Le monde n'est pas parfait et les hommes non plus.

En plus, maintenant que la plupart des séropos vivent presque normalement provoque la banalisation du VIH.

Certes on peux regretter la convivialité d'avant, mais je pense qu'il nous faut resonner, sans toutes ces personnes volontaires ou salariées qui se battent depuis des décénies, nous n'aurions pas cette chance de vivre, chance que d'autres n'on pas eu.

Portrait de christian75

Interroger la sérologie d'une personne ca me dérange, je fais jamais ça (en dehors d'un cadre de dépistage ou recherche de risque). Finalement ça se mérite ce genre "d'information" : c'est lorsqu'une relation est bien installée, quand les 2 parties se sentent en confiance que la parole devient plus libre, et l'un va évoquer son "traitement" ou "la quantité de medicaments" ou "la nature de son sang" au  détour d'une conversation banale, à l'autre de comprendre. Aprés coup j'aime bien ces moments là , cette confiance. Et je ne pose jamais de question sur ce sujet ( quand, comment, le vécu ...etc). L'amitié ou l'empathie est au dessus de ces sujets triviaux. Si l'envie d'en parler arrive j'entends.

Quant à mon engagement à Aides je n'en parle plus en dehors d'un cercle amical, pour éviter de répondre à la question" t'es séropo ?". Poser la question c'est déjà vouloir porter un jugement sur la personne avant de la connaitre.

Portrait de Bedzo

Bonjour, j'aimerais savoir de quelle façon tu t'engages, quelles sont tes actions?

Portrait de ce0413

Entrée en matière qui des bouts Sol(clin d'oeil).

Concerné je le suis, consterné aussi.

Mesquinerie de supposer que non concerné(e) tu t'investis.Poser des questions?Mettre l'autre au demeurant de répondre, voir de mentir.

Bien sûr qu'ils ne sont pas dans "Nous".Vivre mon VIH moi seul le peut.Dire que Légion est une bénédiction, Moi seul peut le dire.Tu pourras le lire.

Mon Ted  fait des AUM, extra ordinaire.

Faire de la projection?7 là le problème.Rencontrer un hommo ,il veut m'abuser, un gitan voler mes poules, un noir me faire payer ses chaînes.T'es où bonhomme?

OK avec Toi IMIM, Trop prise de tête le monde S+.La maladie du siècle, je l'ai.M'empêche-t-elle de vivre?Que certaines personnes se fassent un salaire mirobolant sur mon VIH, why not.

Les âmes de bonnes volonté seront les bien venues chez moi.

Portrait de Felix77

Surprised

Portrait de bernardescudier

De la conscience de ses actes dans la recherche du plaisir, dans la recherche de l'autre et de soi-meme. Sans avoir peur soi et des autres. Sans avoir honte de son regard, du regard des "autres", sans avoir peur de sa séropositivité ou de celle de l'autre. 

Une conscience de ce qui nous entoure, bien au-delà de notre environnement direct. Un bel espoir, hein ! Oui un bel espoir ...

http://www.seronet.info/blogs/bernardescudier?page=4

Portrait de Siwom

Bonjour,

Etant sero depuis 22 ans , je partage entierement le commentaire de Phillipe Hazotte ,comme celui de Julien06

Et je salue ton post Mathieu et ton engagement...Heureusement qu'il ya des gens qui n'attendent pas d'etre directement concernés pour agir...

 On a autant besoin de seronegatifs que de sero+ pour lutter car un seronegatif peut malheureusement devenir sero+ alors qu'un sero+ ne peut malheureusement pas redevenir negatif ...(en tous les cas pas pour l'instant ...)

Ceci bien sur pour ,entre autres ,ne pas relacher la pression au niveau de la prevention ...et redire encore et toujours que de devenir sero + reste grave et lourd de consécquences...Certes les traitements se sont améliorés et on peut vivre avec le VIH mais il ne faut pas se leurrer, meme si on est tous differents vis à vis du VIH , il y a quand meme des points communs à long terme...Si j'en crois mon experience personnelle , j'ai pu vivre "normalement" jusqu'ici mais au bout de 20 ans j'ai traversé des gros problemes de santé jusqu'a perdre mon travail... Et meme si l'espoir fait vivre , le réalisme m'invite malgré tout à penser que mon esperance de vie n'est pas celle d'un seronegatif ...Fatigue écrasante et permanente, problemes articulaires, lethargie ...je suis encore en vie ,certes mais  il m'est difficile d'envisager soutenir un travail , ou une activité quelconque dans la durée....Tout ce que je peux faire comme projet est de rester digne ...Me laver, faire une lessive, partitionner  mon ménage et faire des courses ...mais c'est tout...

Si ce post a pu faire prendre conscience aux lecteurs seronegatifs, et bien c'est tant mieux ...

Gloire à  l'ensemble des gens qui aident qu'ils soient sero ou pas car au final ,nous sommes en fait tous concernés, comme nous le sommes vis à vis du rechaufement climatique, du cancer ,de la misere etc etc ....

Portrait de Esteban6

 Bonsoir

Comme dit Siwom et d autres nous sommes tous concernés ...Surprised

Portrait de paille de riz

tony75 wrote:

mais ils vivent de nous .... Et de la peur quon engendre au seroneg c sa qui me gene! Mais bon toutes les assoc fonctionne ainsi il y a qua voir le salaire des dirigean sa refroidirait plus dun donneur je vous le dit .. Triste epoque

 

je suis un peu d'accord avec ce que tu dis.

Le problème étant que c'est partout pareil dans les très grands structures.

Dans le privé ou le domaine associatif et l'Etat, les hauts cadres se goinfrent et les petits ouvriers, salarés et exécutant sont de plus en plus proches du smig