Prevagay : le péril jeune… gay ?

Publié par Mathieu Brancourt le 22.07.2017
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Chiffresprévalence VIHgay

La dernière enquête de prévalence du VIH chez les hommes gays en France vient d’être publiée. Dans ses lignes, elle pointe une proportion élevée d’homosexuels séropositifs fréquentant les lieux de sociabilité gay dans cinq grandes villes de l’hexagone, ainsi qu’une épidémie très dynamique chez les moins de trente ans. Mais l’enquête note également un taux très élevé de gays séropositifs sous antirétroviraux, très efficaces dans leur quasi-totalité.

La dernière publication du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) a fait grand bruit. Dans son édition du 18 juillet, les chercheurs de Santé publique France (ex-Inpes) ont dévoilé les résultats de l’étude Prevagay, enquête de terrain datant de 2015, cherchant à estimer la proportion de personnes séropositives parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) fréquentant des lieux de convivialité gay dans cinq villes de France (Paris, Montpellier, Lille, Nice et Lyon).

Les 2 646 HSH ayant accepté de répondre se sont soumis à un questionnaire anonyme sur leurs pratiques et leur statut, ainsi qu’à un prélèvement de sang pour confirmation sérologique et détection des traitements antirétroviraux. L’enquête a été conduite dans soixante établissement de convivialité (bars, saunas, backrooms, etc.), pour, au final, 247 interventions effectuées.

Nombre d’articles relayant cette enquête se sont alarmés des chiffres rapportés par l’étude Prevagay : la prévalence moyenne pour le VIH s’élève à 14,3 % (un sur huit), avec des variations selon la ville et l’âge. Cette séroprévalence va de 7,6 % à Lille à 17 % à Nice ou à Montpellier, et passe de 4,4 % chez les moins de 18-24 ans à 18,6 % chez les plus de 45 ans. La part des séropositifs parmi ces HSH âgés de moins de 30 ans atteint 6 %. Des données qui placent les villes françaises à des niveaux plus élevés que d’autres cités européennes, notamment pour la jeune génération de gays. Ce qui fait dire aux chercheurs que la situation épidémiologique est "extrêmement préoccupante" chez ces jeunes gays, alors que les nouveaux diagnostics chez les jeunes HSH ont connu une augmentation "conséquente", indique encore les chercheurs de Prevagay. Si on regarde les chiffres annuels de découvertes de séropositivité, on remarque que les diagnostics ont beaucoup augmenté chez les moins de 25 ans jusqu’en 2012, où ils se stabilisent autour de 15 % de l’ensemble des HSH qui représentent eux 43 % de l’ensemble des découvertes de séropositivité. "Ceci témoigne d’un manque d’adhésion des plus jeunes aux politiques de prévention", tente d’expliquer François Dabis, nouveau directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) qui signe l’édito de ce BEH. Les auteurs rappellent également, qu’il va falloir "envisager d’autres actions au plus proche des [jeunes] et de leurs habitudes de vie". 

Cependant, ces chiffres ne sont pas vraiment une surprise, pour les villes aux taux les plus hauts (Paris, Montpellier et Nice), situées dans les trois régions métropolitaines les plus "dynamiques" au niveau de l’épidémie. Des chiffres comparables également à la précédente enquête, datant de 2011, rapportait une prévalence de 20 % en Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Midi-Pyrénées. Cette proportion importante de personnes séropositives chez les gays peut aussi s’expliquer par le choix du lieu de recueil et les profils de personnes interrogées dans ces lieux. En effet, une précédente étude de Santé publique France a montré que les lieux de consommation sexuelle, type backrooms ou saunas, sont davantage fréquentés par des HSH séropositifs et en moyenne plus âgés. Et pour les villes de Paris, Nice et Montpellier, affichant les prévalences les plus élevées, les "lieux investigués comportaient plus souvent des espaces de consommation sexuelle", rapportent les auteurs de l’étude Prevagay. Crédibles et légitimement inquiétants, ces chiffres concernent un groupe vulnérable depuis très longtemps à l’épidémie et ne sont donc qu’une photographie partielle de l’exposition réelle au VIH chez les hommes couchant avec d’autres hommes.

Car l’autre point majeur de cette enquête, c’est l’écrasante proportion de personnes se déclarant séropositifs effectivement sous traitement (91 %) et la quasi-globalité de ces derniers ayant une charge virale indétectable (95 %), des indicateurs puissants sur la prise en charge et la santé des séropositifs. Et "avec 95 % de HSH diagnostiqués et sous traitement, les risques de transmission de ces HSH sont indéniablement réduits", rassurent les auteurs de l’étude. Ces données de Prevagay sont également une indication que deux des trois objectifs de l’Onusida et ses 90-90-90 semblent être atteints pour ce groupe. Reste le troisième qui reste la pierre angulaire d’un éventuel succès de la stratégie d’arrêt de l’épidémie et d’un ralentissement des contaminations chez l’ensemble des HSH : le dépistage. Avec 9 % des HSH interrogés séropositifs, mais non diagnostiqués, on reste dans la moyenne européenne. Mais avec seulement 63 % des répondants HSH séronégatifs ayant fait un dépistage dans les douze derniers mois, le premier et crucial 90 semble encore lointain, d’autant plus dans un groupe très exposé. Le recours trop faible et pas assez régulier au dépistage demeure un frein majeur dans l’éradication, bien au-delà des HSH, du sida en France et ailleurs. Enfin, il faut malgré tout recontextualiser cette enquête exploratoire qui a eu lieu il y a presque deux ans. Dans ce laps de temps, les outils de la prévention diversifiée sont plus nombreux que jamais. "L’autorisation récente de mise sur le marché du Truvada pour la PrEP, la révision des recommandations en matière de dépistage du VIH par la Haute autorité de santé, le lancement, cette année, d’une stratégie nationale de santé sexuelle et la diffusion prochaine d’un rapport d’experts VIH actualisé et abordant à la fois la prise en charge et la prévention, constituent un cadrage inégalé pour enrayer la progression de l’épidémie en France. L’enquête Prevagay 2015 nous rappelle que l’application de toutes ces mesures est nécessaire et urgente", résume habilement François Dabis. En creux, c’est la volonté politique qui sera la condition sine qua none d’un impact fort et durable sur le poids du VIH chez les homos et bisexuels masculins vivant en France.

Commentaires

Portrait de ballif

sans grande analyse je vois de plus en plus d'hétosexuels sur ce site