Le VIH n’est pas une fin en soi

Publié par Denis 2185 lectures
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Je connais ma séropositivité depuis juin 1990, j’avais 20 ans. Je venais d’arriver en région parisienne pour mon service militaire. La première chose à laquelle j’ai pensé c’est que je ne verrais pas l’an 2000 ; je ne vivrais pas le nouveau millénaire. L’armée a proposé de me réformer, ce que j’ai refusé. Je me suis mis comme objectif de devenir aide-soignant et je me suis engagé pendant douze ans. Pendant toutes ces années, j’ai toujours été soutenu et épaulé par mes supérieurs. J’ai quitté l’armée en 2001 parce que je n’avais plus de possibilité d’évolution professionnelle.

C’est à ce moment-là que j’ai rencontré mon compagnon. Il y avait des hauts et des bas entre nous. Nous avons beaucoup déménagé, nous nous sommes séparés géographiquement puis nous nous sommes retrouvés. J’ai continué à travailler en tant qu’aide-soignant, j’ai alterné travail en intérim, travail de nuit et une période de chômage, jusqu’à notre séparation en 2007. Nous avons été assez grands, l’un comme l’autre, pour faire échouer notre couple mais cette séparation allait grandement impacter ma vie et faire des dégâts que je n’imaginais pas alors.

J’ai commencé à prendre de la cocaïne en grande quantité, je pouvais aller jusqu’à six grammes par week-end. A soixante euros le gramme à l’époque, mes finances ont morflé. Et j’ai arrêté mon traitement contre le VIH. En 2008, je suis tombé malade, j’ai eu une pneumopathie. J’ai été hospitalisé et en sortant, je suis allé voir un infectiologue de ville qui m’a remis sous traitement ARV. Je consommais toujours un peu de cocaïne mais grâce à lui je suis reparti sur de bons rails. Enfin presque… J’ai été arrêté quelques mois plus tard pour consommation de stupéfiants. J’ai été condamné à de la prison avec sursis et à une mise à l’épreuve. Ça m’a mis un bon coup de pied au derrière qui a été salutaire. J’ai décidé de reprendre ma vie en main et j’ai entamé une psychanalyse. J’étais en dépression, mais je ne le savais pas. En 2012, j’ai déménagé pour Châteaubriant, ma ville natale. Arrêt de ma psychanalyse et retour aux sources. A partir de là je n’ai plus jamais touché à la cocaïne, une porte s’est fermée et je n’ai plus envie de la rouvrir.

J’ai repris mon boulot d’aide-soignant en intérim et de nuit et entrepris de passer le diplôme d’accès aux études universitaires. C’était difficile de jongler avec les horaires de nuit et les cours du soir, je me suis épuisé à la tâche. J’ai décidé d’interrompre mon boulot pour mener à bien mon projet d’étude. J’ai obtenu mon diplôme en 2014 et repris mon travail en intérim, mais plus de nuit, afin de poursuivre mes études en droit du travail. J’ai envie de travailler dans les ressources humaines, je vise une licence mais le Saint Graal serait un Master !

En 2015, j’ai fait une demande de pension d’invalidité de première catégorie que j’ai obtenue. Ça me permet de travailler à 80 % et de mieux gérer ma fatigue au quotidien. Il ne manque plus que la personne qui comblerait le vide qui reste dans ma vie. C’est une quête difficile.

Le VIH n’est pas une fin en soi, il m’a obligé à me donner des objectifs à atteindre pour me permettre d’avancer dans la vie. Aujourd’hui, il y a deux trucs qui me foutent en rogne, ce sont les gens qui ne prennent pas soin de leur santé sexuelle et toutes ces idées fausses sur le VIH qui circulent encore en 2016. Pour moi, l’éducation nationale ne fait pas son boulot d’information auprès des jeunes.

Propos recueillis par Sophie Fernandez

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Commentaires

Portrait de ballif

quand j'ai donné un document qui raconté ma vraie vie découverte l'année d'avant le médeccin du travail m'a mis en arrêt maladie par chantage

mercredi prochain je serais si cella m'a été bénéfique

je  te le dirais le soir du 28 juin