Thérapeutique : compilation post-Croi 2016 (2/2)

Publié par Marianne L’Hénaff le 29.04.2016
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ThérapeutiqueVHChépatite CCroi 2016

Fin février 2016, les chercheurs du monde entier se sont retrouvés à Boston pour la Conférence internationale sur les rétrovirus. Voici une compilation des sessions qui se sont tenues autour des hépatites.

Co-infection VIH-VHC, traitement des hépatites aigües

L’étude a voulu évaluer si un traitement au sofosbuvir/lédipasvir (Harvoni) d’une durée de six semaines serait suffisant pour éliminer une hépatite C aigüe (datant de moins de six mois après une infection) chez les personnes séropositives au VIH. L’étude a porté sur vingt-six personnes séropositives dont l’infection à l’hépatite C était récente (aigüe) sur cinq sites en Allemagne et au Royaume-Uni. Pour valider l’hépatite aigüe : ARN du VHC positif et AC anti VHC négatif (les AC apparaissent après), avec un test ARN du VHC négatif six mois auparavant. Tous avaient un virus de l’hépatite C de génotype 1a ou 4 et étaient sous traitement anti-VIH efficace. Les vingt-six participants ont pris Harvoni pendant six semaines.

Quatre semaines après la fin du traitement, on constate 85 % de RVS4 (22 sur 26), soit trois rechutes, et un patient a été re-infecté (il avait un génotype 1a à l’entrée dans l’essai, puis un génotype 4 différent, à l’issue du traitement). Douze semaines après la fin du traitement, 77 % des participants (20 sur 26) avaient une réponse virologique soutenue ou RVS12 (éradication du virus de l’hépatite C), car deux personnes ont été perdues de vue. Il n’y a pas eu d’événements indésirables graves et les effets indésirables les plus communs étaient de la fatigue, des maux de tête, des nausées et de la diarrhée. Les trois personnes qui ont "rechuté" avaient toutes une charge virale du VHC supérieure à 7 log10 UI/mL. Il n’y a pas eu de rechute pour les personnes avec une charge virale du VHC initiale inférieure ou égale à 6,9 log10 UI/mL.

Conclusion : le traitement a été très efficace chez les personnes avec une charge virale peu élevée. Les chercheurs ont recommandé un traitement plus long pour les personnes dont la charge virale était supérieure à 7 log10 UI/mL.

Attention : Ce traitement de l’hépatite aigüe par les antiviraux directs du VHC ne fait pas partie des indications officielles pour le moment. Et il n’y a pas d’essai en cours en France.

Réponse aux AVD chez des personnes co-infectées dans la "vraie vie"

Plusieurs antiviraux directs (AVD) sont disponibles en France et les personnes co-infectées VHC-VIH rentrent dans les indications de traitement. La cohorte Hepavih de l’ANRS a présenté les résultats d'efficacité et de tolérance des différents traitements chez les personnes co-infectées dans la "vraie vie". Dans vingt-trois centres, 171 personnes co-infectées traitées par des AVD sans interféron ont été incluses dans cette analyse, avec un âge moyen de 53 ans, 78 % d'hommes et 98 % sous traitement anti- VIH. 63 % des personnes avaient un foie cirrhotique, 70 % étaient en échec d’un précédent traitement et tous les génotypes (Gt) étaient présents : Gt1, 62 % ; Gt2, 2 % ; Gt3, 14 % ; Gt4, 22 %.

Dans l'ensemble, le succès virologique à douze semaines (RVS12) a été de 92 %, les arrêts de traitement comptant pour des échecs. Pour 90 personnes avec cirrhose recevant un traitement sans ribavirine, pendant 12 ou 24 semaines, la RVS12 était respectivement de 91 % et de 93 %. Chez les personnes avec cirrhose recevant un traitement avec la ribavirine pendant 12 semaines et 24 semaines, le taux de RVS12 étaient respectivement de 83 % et de 93 %. Sur les 14 personnes présentant un échec au traitement (neuf Gt1, trois Gt3 et deux Gt 4), il y avait 12 rechutes, un arrêt prématuré pour effet indésirable et un décès.

Chez les personnes avec cirrhose, le fait de rajouter la ribavirine ou de traiter 24 semaines n’a pas semblé avoir un effet sur la réponse au traitement.

Le café diminue le risque de mortalité chez les personnes co-infectées VIH-VHC

De nombreuses études menées en population générale et chez des personnes en cirrhose ont déjà montré que l’apport quotidien de café (avec ou sans caféine) réduirait la mortalité. Chez les personnes co-infectées VIH-VHC, les études précédentes d’Hepavih ont démontré les bienfaits d’une consommation de café (1) sur la réduction du risque d’insulino-résistance (sorte de pré-diabète) et de la baisse du taux d’enzymes hépatiques (transaminases ou Asat et Alat).

Dans la cohorte francçaise ANRS Hepavih (personnes co-infectées VIH-VHC), 1 035 personnes ont bénéficié d’un suivi annuel pendant cinq ans. Parmi elles, 77 sont décédées. Les chercheurs ont rapporté les causes de ces décès et ont ensuite utilisé un modèle de risques proportionnels pour évaluer l’effet de la consommation de café sur la mortalité. La majorité des décès survenus est liée à l’hépatite C (43 %), puis les cancers (12 %) et le stade sida (10 %). A l’inclusion, 26 % de tous les patients affirmaient consommer plus de trois tasses de café par jour, une consommation élevée selon les chercheurs.

A l’aide de leur modèle de prédiction des risques de mortalité, les chercheurs estiment que le café serait associé a une réduction de 50 % des risques de mortalité, association indépendante du statut immunologique du VIH et de l’éradication du VHC par un traitement. Cette étude indiquerait un effet protecteur possible de la consommation de café élevée sur la mortalité chez les personnes co-infectées. Cet effet pourrait être expliqué par des composés de café ayant des propriétés anti-inflammatoires et anti-fibrosantes. Une des surprises de cette étude, c’est que cela marche aussi avec du café décaféiné…

(1) : Les buveurs de café – au moins deux tasses par jour – ont une réduction de 66 % du risque de décès par cirrhose. Il existe une relation forte entre la consommation de café et la diminution du risque de décès par cirrhose non liée à une hépatite virale. Une autre étude a montré que les patients avec le VHC ou VHB qui boivent plus de 308 mg de caféine par jour (trois tasses), avaient une cirrhose hépatique "plus légère" par rapport aux personnes ne buvant pas de café. L’effet antioxydant du café serait corrélé à une diminution du risque de développer un diabète de type 2, de la maladie de Parkinson et d’aggravation d’une cirrhose. Le mécanisme hépatoprotecteur demeure mal connu (la caféine diminuant la stéatose, l’effet antioxydant détoxifiant sont des hypothèses).

Etude Pyramid 1 dans le génotype 4 en Egypte chez les personnes monoinfectée par le VHC

L’Egypte compte beaucoup de personnes infectées par l'hépatite C dont 90 % dus au génotype 4, d’où un besoin urgent de traitements efficaces et peu couteux. L’étude égyptienne Pyramid 1 de phase 3, chez des personnes mono-infectées VHC 4, a évalué la combinaison ravidasvir (PPI-668 ou RDV), un nouvel inhibiteur de la NS5A pangénotypique (marche sur tous les génotypes), produit par Pharco Pharmaceuticals, un fabricant égyptien de médicaments, et sofosbuvir, un inhibiteur de la NS5B, avec ou sans ribavirine chez des personnes n’ayant jamais pris de traitement ou prétraitées à l’interferon + ribavirine. Cette étude a inclus 300 personnes dont une petite moitié en cirrhose (non décompensée).

Les personnes ont ete incluses selon trois groupes : naïfs de traitement non cirrhotiques et cirrhotiques (groupe 1), pré-traités par interféron et non cirrhotiques (groupe 2) et pré-traités par interféron cirrhotiques (groupe 3). Les groupes 1 et 2 ont reçu le traitement 12 semaines, et le groupe 3 pendant 16 semaines. 12 semaines après la fin du traitement, on observe 100 % de RVS12 chez les 167 personnes non cirrhotiques (naïves de traitement ou prétraitées) ayant fini le traitement (il y a eu des arrêts de traitement, surtout parmi celles qui prenaient la ribavirine en plus). Les moins bons résultats sont ceux des personnes en cirrhose prétraitées qui n’ont eu que douze semaines de traitement : 83 % de RVS. La même catégorie traitée seize semaines a obtenu 100 % de RVS. Le traitement a été bien toléré, avec un effet indésirable grave peut-être attribuable aux médicaments d'étude (un épisode transitoire de bradycardie symptomatique chez une personne ayant une cirrhose). Les événements indésirables les plus fréquents sont les maux de tête et la fatigue. Le ravidasvir n’est pas très connu, d’autres études sont attendues et déjà la question se pose : sera-t-il disponible en dehors de l’Egypte ?

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