Traitement anti-VHC : bientôt l’interféron appartiendra au passé

Publié par Renaud Persiaux le 29.11.2011
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Thérapeutiquevhcmoléculeinterféron

Encore de nouvelles études sur des stratégies de traitements anti-VHC sans interféron ! C’est un vieil espoir que de pouvoir éviter les injections hebdomadaires de cette molécule qui aide le système immunitaire à se débarrasser du virus au prix d’effets indésirables lourds (troubles de l’humeur, assèchement de la peau, etc.). Les premiers pas vers le développement de thérapies anti-VHC complètes dans un seul comprimé !

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Un traitement contre le VHC permettant de se passer des injections hebdomadaires d’interféron et leur cortège d’effets indésirables ? Les nouveaux traitements contre le VHC de génotype 1, Incivo (télaprévir) et Victrelis (bocéprévir), qui viennent d’être approuvés en Europe, n’ont pas permis d’avancer sur ce front. S’ils augmentent les chances de guérison, chacun doit s’utiliser en association avec la bithérapie actuelle par ribavirine et interféron. Dans la course aux 50 molécules en développement contre le VHC, plusieurs firmes pharmaceutiques sont sur les rangs pour trouver celle ou celles qui permettront un traitement "tout oral". Sans piqure, donc !


100 % de réponse virologique soutenue

 A l’occasion du congrès de l’Association américaine pour l’étude des maladies du foie (AASLD 2011), à San Francisco, la compagnie Pharmasset a publié les résultats d’une association de sa molécule expérimentale (PSI-7977, un inhibiteur de la polymérase du VHC qui s’utilise en une prise par jour) et de la ribavirine. Après 12 semaines de traitement, elle permet 100% de réponse virologique soutenue – signifiant la guérison de l’infection – chez des personnes infectées par le génotype 2 et 3 de l’hépatite C n’ayant jamais tenté le traitement anti-VHC auparavant. Point notable qui mérite d’être souligné : l’utilisation d’un traitement de substitution par méthadone était autorisé, ce qui répond à une longue demande des associations. Les 40 participants n’avaient pas de cirrhose et un génotype IL28B favorisant la guérison de l’infection, le CC (lire "Remaides" N°77, Hiver 2010/Printemps 2011 p. 25). L’absence d’interféron, qui est généralement mal toléré, a permis d’avoir moins d’anémie ; au total, elle faisait baisser de 72% à 40% la possibilité d’un événement indésirable considéré comme grave.

Génoypes 2 et 3 ; NON REPONDEURS

Le PSI-7977 sera également évalué seul, et aussi en association avec une autre molécule développée par Bristol Myers Squibb (BMS), le datasclavir (BMS-052), une molécule qui cible une partie du VHC, le complexe "NS5A". Par ailleurs, BMS a dévoilé le 7 novembre, les bons résultats d’une association "maison" de deux de ses molécules, le datasclavir à nouveau, et l’asunaprevir (BMS-032), un inhibiteur de la protéase du VHC. 12 semaines après la fin du traitement, le virus n’était pas réapparu chez 9 personnes des 10 participants. 90% de réponse virologique à 12 semaines. Ce résultat concerne cette fois des personnes de génotype 1B qui, par le passé, n’avaient pas du tout répondu à un premier traitement anti-VHC (les hépatologues parlent de "nul-répondeurs"). 

Pharmasset rachété par Gilead

On apprenait le 21 novembre que Gilead,  avait racheté la Pharmasset pour 11 milliards de dollars. Déjà très impliqué dans le traitement de l'hépatite B et menant ses propres recherches sur l'hépatite C, le groupe californien inclut dans son portefeuille trois nouveaux candidats médicaments innovants. De quoi le mettre en position de développer dans le futur des comprimés anti-VHC tout-en-un, comme il le fait pour le VIH. "Ce sont des molécules extrèmement prometteuses", nous confiait récemment le professeur Stanislas Pol, chef de service du pôle d'hépato-gastro-entérologie de l'hôpital Cochin. Mais elles n'arriveront pas avant 2014.

Des molécules à évaluer au plus vite chez les personnes co-infectées

Des résultats prometteurs qui restent à confirmer dans les années qui viennent. Sans oublier que la question de l’évaluation de ces nouvelles molécules chez les personnes co-infectées reste entière. Et c’est aussi un enjeu majeur, qui concerne pas moins de 40 000 à 50 000 personnes en France.