"Théories du complot" : les Français y croient

Publié par jfl-seronet 271 lectures
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Inquiétantes, les données d’une étude Ifop publiée début janvier (1). Elles indiquent que le complotisme est un "phénomène social majeur" et "préoccupant" en France.

Ainsi, près de huit Français sur dix adhèrent à au moins l'une des grandes "théories du complot", révèle cette étude pour la Fondation Jean Jaurès et l'observatoire Conspiracy Watch. Différents sujets ont été abordés (des attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher en janvier 2015 à l’implication de la CIA dans le meurtre du président Kennedy) et certains concernent la santé. L’étude de l’Ifop indique ainsi que 55 % des Français approuvent l'idée que "le ministère de la Santé est de mèche avec l'industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins". Autre donnée : 32 % des Français pensent que "le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde". Si la théorie complotiste concernant le sida est ancienne, celle sur la vaccination est plus récente. Elle arrive d’ailleurs en tête de tous les items proposés aux personnes sondées.

"Il est par conséquent notable que la théorie du complot sur la collusion entre pouvoir politique et industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins, qui défraie l’actualité depuis plusieurs mois, soit connue de deux sondés sur trois", comment d’ailleurs l’institut de sondages. Cette théorie est largement alimentée par des détracteurs de la vaccination et a pris une ampleur particulière avec la décision du gouvernement de rendre obligatoires onze vaccinations au lieu de trois auparavant.

L’étude de l’Ifop nous indique que l’opinion publique est divisée en trois blocs. Ces résultats, quant à la pénétration des idées complotistes, suggèrent une opinion française divisée en trois groupes distincts : les "non-complotistes" (un personne sondée sur cinq) d’un côté, les complotistes "endurcis" de l’autre qui croient à cinq théories du complot ou plus (une personne sondée sur quatre) et, entre ces deux groupes, un "ventre mou" composé de personnes sondées plus ou moins séduites par le complotisme adhérant à une, deux, trois ou quatre théories du complot mais pas davantage (un peu plus d’un sondé sur deux, 54 % exactement). Le sondage ne permettait pas de répondre : ne se prononce pas.

Reste que cette approche mérite d’être nuancée, indique l’Ifop. Sur plusieurs items en effet, on "ne constate pas de différence de comportement très significative entre ceux qui n’adhèrent à aucune théorie du complot et ceux qui adhèrent à une, deux, voire trois théories du complot proposées dans l’enquête". On constate à plusieurs reprises un premier "palier" à partir de l’adhésion à au moins quatre théories. C’est pourquoi il paraît envisageable de considérer que le "ventre mou" penche du côté des non-complotistes. C’est toujours ça.

Reste qu’il y a peu de motifs de satisfaction avec cette enquête. On en veut pour preuve les résultats sur la question de l’immigration et le complotisme "aniti-remplaciste". La théorie du complot au sens fort du terme (l’immigration comme projet politique de "remplacement" organisé par nos élites et auquel il conviendrait de mettre fin) recueille une approbation de près d’un sondé sur deux (48 %). Ainsi, 17 % des personnes sondées souscrivent "tout à fait" à cette idée et, parmi eux, les plus de 65 ans sont surreprésentés (24 % contre seulement 9 % chez les 18-24 ans). C’est chez les sympathisant-e-s de droite et d’extrême droite que cette opinion est la plus présente : 24 % pour Les Républicains et 41 % pour le FN. A contrario, les sympathisant-e-s de gauche ne sont que 7 % (soit dix points de moins que l’échantillon) à partager cette opinion. C’est enfin chez les complotistes les plus endurcis qu’on trouve le pourcentage le plus élevé de conspirationnistes anti-remplacistes (32 % contre 17 %).

Interrogé sur les résultats globaux de l’étude, Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, explique que ces résultats "confirment que nous faisons collectivement face à un phénomène non seulement tangible, mais majeur, qui traverse toute la société et imprègne les représentations collectives à un degré préoccupant".

(1) : L'étude a été réalisée les 19 et 20 décembre auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française adulte, constitué selon la méthode des quotas et complété par un second échantillon de 252 personnes de moins de 35 ans (dont les résultats ont été ramenés à leur poids réel dans la population).

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