Mediator : grand procès en vue pour Servier et l'ANSM

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Après six années d’une très âpre bataille judiciaire, la perspective d'un grand procès du Mediator se concrétise : les juges ont renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris les laboratoires Servier et l'Agence du médicament dans l'affaire du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts, indique l’AFP. Le groupe pharmaceutique devra répondre de "tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d'influence", selon une source judiciaire. Au terme de leur ordonnance, les juges d'instruction ont également renvoyé devant le tribunal, pour "blessures et homicides involontaires", l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui n'a pas souhaité réagir. Au total, onze personnes morales et quatorze personnes physiques seront jugées. Prescrit pendant plus de 30 ans à cinq millions de personnes en France, cet antidiabétique était largement utilisé comme coupe-faim. Le Mediator avait été retiré du marché en novembre 2009, deux ans après les révélations du docteur Irène Frachon, à l'origine de la médiatisation de l'affaire. Durant six années d'information judiciaire, trois ont été "exclusivement consacrées à la procédure à la suite de multiples demandes et recours faits par la défense des mis en cause", avait déploré en janvier 2017 le procureur François Molins. A l'annonce de leur renvoi en correctionnelle, les laboratoires Servier ont dénoncé une instruction "tronquée" qui a minimisé, selon eux, la responsabilité des autorités administratives. "Il reste à organiser ce procès dont on espère qu'il se tiendra en 2018", a indiqué Charles Joseph-Oudin, avocat de parties civiles. Le procès devrait réunir, dans une configuration exceptionnelle, 4 129 parties civiles, mais il se tiendra sans le principal protagoniste : Jacques Servier, fondateur des laboratoires, mort en 2014 à 92 ans. Parmi les personnes morales renvoyées devant la cour, figurent des sociétés de la galaxie Servier. Quant aux personnes physiques, on trouve notamment l'ancien numéro deux du groupe, Jean-Philippe Seta, des fonctionnaires, des médecins ou encore l'ex-sénatrice Marie-Thérèse Hermange (UMP), soupçonnée d'avoir rédigé en 2011 un rapport favorable à Servier. La justice estime entre 1 520 et 2 100 le nombre de décès à long terme causés par le Mediator.

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