Trans : A notre santé !

Publié par Mathieu Brancourt - Théau Brigand - Jean-François Laforgerie - Coline Mey -Céline Offerlé 581 lectures
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Enfin ! On le dit à propos de la prise en compte des enjeux de santé des personnes trans dans les grandes conférences internationales sur le VIH. Enfin ! L’adverbe s’applique à nous également. Pour la première fois, en effet, Seronet propose de traiter des transidentités sous différents aspects : la santé et tout particulièrement le VIH, le parcours de transition, l’engagement militant en faveur des droits, la vie quotidienne, le changement d’état civil, etc. La situation des personnes trans et intersexes reste, en 2016, extrêmement mal connue et mal comprise. L’intimité du sujet comme les tabous moraux qui s’y accolent n’ont d’égal que les violences et discriminations à leur égard au sein de la société. Les notions mêmes d’identité, d’autodétermination questionnent particulièrement notre rapport au monde, aux autres et notre vision souvent binaire. Celle-ci maintient une chape de plomb sur une communauté aux multiples facettes et réalités. Et dont les urgences sont réelles. Reportage, interviews, témoignages, informations pratiques, textes de réflexion, glossaire engagé… tout a été pensé pour expliquer sans tomber dans les poncifs, faire réfléchir aux enjeux, parler de la diversité des parcours et des besoins, informer de la complémentarité des réponses proposées par les associations trans et celles de lutte contre le VIH, montrer l’engagement des chercheur-seuse-s et des militant-e-s. Ce vaste dossier n’est probablement pas exhaustif, mais c’est une première pour Seronet. Enfin !

Quentin Houdas - série Queer

Changement d’état civil : un parcours de combattant-e-s

La procédure sur le changement d’état civil des personnes trans reste en France à l’arrière-garde par rapport à de nombreux pays dans le monde. Elle a fait l’objet de nombreux blocages et, au fil des ans, d’une construction par la jurisprudence, lente et instable. En voici les étapes majeures jusqu’à la plus récente : la loi Justice du 21e siècle, qui ne donne toujours pas satisfaction aux personnes concernées (1).

L’état civil sert à l’identification d’individus grâce à un ensemble de données telles que le nom, la date de naissance, la filiation, ou encore le genre : masculin et féminin. Cette image juridique de la personne est aussi un outil de contrôle. En droit français, il est considéré comme indisponible, c’est-à-dire que l’individu ne peut en disposer de manière pleine et entière.

Un changement d’état civil impossible en cas de transition volontaire

Au nom du principe d’indisponibilité, la Cour de cassation a interdit, jusqu’en 1992, tout changement de genre.

La France condamnée sur la scène internationale

En 1992, la Cour de cassation est contrainte d’évoluer, sous l’impulsion de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Celle-ci est saisie d’une affaire portant sur le refus par les tribunaux français d’autoriser la modification de l’état civil. Elle condamne la France dans l’arrêt B c. France (2) sur la base de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme portant sur le respect de la vie privée. "La requérante se trouvait quotidiennement placée dans une situation globale incompatible avec le respect dû à sa vie privée. Dès lors, même eu égard à la marge nationale d'appréciation, il y avait rupture du juste équilibre à ménager entre l'intérêt général et les intérêts de l'individu", estime la juridiction. A la suite de cette condamnation, la Cour de cassation opère un revirement de jurisprudence, dans deux arrêts, et définit trois conditions nécessaires à l’obtention du changement d’état civil pour les personnes trans :

- l’existence d’un syndrome du transexualisme, et donc le recours à une expertise judiciaire pluridisciplinaire s’appuyant notamment sur une attestation psychiatrique ;
- une opération de réassignation sexuelle, et donc un ensemble de documents permettant de le certifier ;
- l’adoption, outre d’une apparence conforme à son sexe de destination, d’un comportement social concordant avec celui-ci : "Un changement vrai d’identité sexuelle, affirmé personnellement et reconnu socialement".

S’il devient ainsi possible d’obtenir un changement d’état civil, c’est sous conditions strictes d’ordre psychologique, social et médical. Il ne revient pas aux personnes de s’autodéterminer librement, mais à la société, aux médecins, aux psychiatres, de dire qui elles sont et comment elles peuvent être reconnues. Ces conditions laissent une grande part d’interprétation aux juges et donc d’arbitraire. Elles impliquent des délais longs et entretiennent une logique d’assignation qui prescrit des comportements sociaux liés aux genres.  Les critères sont appliqués de façon très aléatoire dans les années qui suivent, créant de fortes disparités territoriales. Quand certains juges s’opposent au changement d’état civil, d’autres l’autorisent en l’absence d’opérations, d’expertises médicales ou psychiatriques. Une circulaire du ministère de la Justice tente en 2010 de clarifier les critères afin d’harmoniser les procédures sur l’ensemble du territoire. L’effectivité de cette circulaire reste cependant très limitée.  En 2012, la Cour de cassation censure les interprétations les plus libérables et actualise les conditions requises :

- "établir, au regard de ce qui est communément admis par la communauté scientifique, la réalité du syndrome transsexuel dont elle est atteinte
- ainsi que le caractère irréversible de la transformation de son apparence".

S’il n’est plus fait explicitement mention de rôles et comportements à adopter en fonction du genre de destination, les dimensions psychiatriques et médicales sont réaffirmées comme éléments nécessaires à l’obtention du changement d’état civil. La Cour de cassation considère ainsi établir "un juste équilibre entre les impératifs de sécurité juridique et d'indisponibilité de l'état des personnes d'une part, de protection de la vie privée d'autre part".  Cette nouvelle position met en évidence les limites des autorités judiciaires à aller vers un changement d’état civil rapide, simplifié, respectueux des personnes, leur laissant la possibilité de déterminer elles-mêmes qui elles sont, avec la garantie de l’égalité territoriale. Une loi s’impose alors pour définir une procédure sur le changement d’état civil.

Vers de nouveaux droits ?

Dans son avis de juin 2013 sur l’identité de genre et sur le changement de la mention de sexe à l’état civil, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) en appelle à l’intervention de la loi. Elle constate "la situation très précaire des personnes transidentitaires en France, victimes de discriminations et d’exclusion sociale" avant de préciser "le droit, non seulement n’est pas suffisamment protecteur pour ces personnes, mais contribue aussi à les maintenir pendant de nombreuses années dans une situation de grande vulnérabilité sociale". D’où la nécessité d’une refonte de la législation française concernant l’identité de genre et le processus de changement de sexe à l’état-civil.

Les tergiversations de l’exécutif

Dès 2006, à la suite d'une occupation du siège du Parti socialiste par Act Up-Paris et le Groupe activiste trans, François Hollande, alors Premier secrétaire, s’engage à faire voter une loi permettant aux personnes trans de bénéficier d'une identité en accord avec leur genre. Cet engagement est porté par François Hollande, candidat à l’élection présidentielle. Interrogé par l’association HES (Socialistes lesbiennes, gais, bis et trans), il promet qu’"une loi permettra le changement de sexe à l’état civil (et au niveau de la Sécurité sociale) sans qu’il y ait eu, de manière obligatoire et préalable, une opération chirurgicale de réassignation sexuelle". Une fois élu, cet engagement n’est pas une priorité. En 2013, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, et Christiane Taubira, Garde des Sceaux, saisissent la CNCDH (voir plus haut), mais l’avis n’est pas suivi d’effet. En novembre 2013, interrogée par le député écologiste Sergio Coronado sur les difficultés de reconnaissance du changement de sexe pour les personnes trans, la ministre répond : "Nous devons aussi faciliter la modification de leur état-civil et je me suis engagée au Sénat à ce que des dispositions en ce sens figurent dans le projet de simplification du droit, notamment de l’état civil, que vous examinerez au premier trimestre 2014". Il n’est plus question d’une loi spécifique mais d’une disposition dans un projet de loi plus large. Les promesses ne sont pas tenues et aucun texte n’est voté.

Des initiatives parlementaires brimées par le gouvernement

Face à l’inaction du gouvernement, les parlementaires sont à l’initiative de propositions de loi, comme celle présentée par la sénatrice écologiste Esther Benbassa, puis celle déposée par les députés Pascale Crozon et Erwan Binet pour le groupe socialiste. Pour ces deux propositions, l’exposé des motifs précise qu’elles visent à renforcer l’accès aux droits fondamentaux et à lutter contre les discriminations. La proposition de loi socialiste souligne ainsi que "la prévention et la lutte contre la transphobie ne sauraient toutefois être efficaces sans modification de la mention du sexe à l'état civil, la discordance entre l'identité légale et l'identité perçue par la société exposant les personnes trans à de nombreuses discriminations et entraves en matière d'accès à l'emploi, au logement, aux soins, aux services bancaires, et parfois même au droit de vote". Ces propositions de loi, sans soutien du gouvernement, et sans être prioritaires pour les groupes politiques, ne trouvent pas leur chemin jusqu’à la séance, dans aucune des deux Assemblées.

Le projet de loi Justice du 21e siècle : une occasion manquée ?

A l’approche de la fin du quinquennat de François Hollande, un dernier véhicule législatif est envisageable pour le changement d’état civil des personnes trans, le projet de loi de modernisation de la Justice du 21e siècle, dit Justice 21. La probabilité d’une nouvelle condamnation de la France par la CEDH, notamment au regard des conditions médicales dont la légalité est contestée sur la base des articles 3 (interdiction de la torture) et 8 (respect de la vie privée) de la Convention européenne des droits de l’homme, a pu inciter à se saisir enfin du sujet. Des amendements sont déposés par des députés socialistes, radicaux de gauche et écologistes, discutés et souvent bloqués par le gouvernement lors du passage du projet de loi Justice 21 à l’Assemblée nationale en mai 2016.

La version soutenue in fine par les parlementaires ne retient que la possibilité de choisir le lieu où initier la démarche entre lieu de vie et de naissance et l’encadrement dans le temps de la procédure de changement d’état civil. La version du gouvernement est plus restrictive. Celui-ci réintroduit une judiciarisation totale en renvoyant les démarches aux tribunaux de grande instance, crée une procédure complexe, longue, nécessitant un-e avocat-e et donc non gratuite, conserve le caractère médical de la démarche et réintroduit une éventuelle psychiatrisation via la notion de "sincérité" de la démarche. Le texte tel que souhaité par le gouvernement, loin d’améliorer la situation, entérine donc dans la loi la situation créée par la jurisprudence, au risque de bloquer durablement toute évolution favorable des droits fondamentaux des personnes trans. Outre le maintien d’une discrimination institutionnelle motivée cette fois par le principe d’immutabilité de l’état de la personne, le gouvernement se fait aussi porte-voix des discriminations sociales transphobes, et démontre son ignorance sur le sujet. Ainsi, le Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, n’hésite pas à justifier ces conditions excluantes en faisant valoir qu’"une personne simplement travestie, par exemple pour l’exercice de sa profession, mais sans intention réelle de changement de sexe, pourrait accéder à ce dispositif". Le ministère de la Justice témoigne enfin de son mépris pour ce débat, et pour les personnes concernées, en regrettant qu’un tel article ne fasse pas l’objet d’une loi spécifique, oubliant au passage les engagements successifs non tenus du gouvernement depuis 2012.

Une adoption malgré les critiques de la société civile et d’institutions

Les réactions à l’article voté en première lecture ne se font pas attendre. Dans un communiqué de presse, les associations Acceptess T, Outrans, AIDES, Act Up-Paris, Act Up Sud-ouest et le Planning Familial dénoncent le "projet transphobe du gouvernement !" et un "texte consternant, bien loin de l’objectif affiché de simplification, de progrès et de respect du droit à l’autodétermination des personnes trans". Un autre communiqué signé d’associations comme l’Inter-LGBT, Acthe ou En trans, souligne que : "Force est de constater que le gouvernement veut inscrire dans la loi la situation actuelle concernant le changement d’état civil en pérennisant la psychiatrisation, la médicalisation à outrance, la juridiciarisation dans une procédure complexe, discriminante, onéreuse et longue ! ... Alors que l’absence de changement d’état civil est la première cause de discrimination des personnes trans, voilà qui va continuer à exposer leur vie privée et à les empêcher d’accéder, notamment, à un logement, à un emploi, à des soins pendant des années, et même à vie pour celles et ceux qui ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas subir de très lourdes chirurgies".

La CNCDH, dans la continuité de son avis publié en 2013, exprime dans un communiqué de presse de vives inquiétudes sur les dispositions qui encadrent les modalités de modification de la mention du sexe à l’état civil. Elle appelle les parlementaires à mettre fin à l’insécurité juridique vécue par les personnes transidentitaires. Le 24 juin 2016, le Défenseur des droits regrette "que la procédure proposée reste médicalisée via la demande d'attestations médicales et que les critères d'ordre social demeurent flous. Ces derniers risquent de faire l'objet d'une évaluation et d'une interprétation subjective, donc variable d'un juge à l'autre".

Le projet de loi Justice 21 est de retour à l’Assemblée nationale début juillet 2016. L’article concernant le changement d’état civil est retravaillé en commission puis lors des débats.

En séance, des évolutions sont adoptées, en intégrant les mineurs-es émancipés-es (pas encore l’ensemble des mineurs-es), en allant, au moins dans le discours, vers une démédicalisation et une dépsychiatrisation totale, et ce faisant, en renforçant la prise en compte de l’identité revendiquée par la personne requérante et dans laquelle elle est connue ou reconnue par son entourage.  Il y a ce que dit la loi, il y a la pratique des textes. Les associations trans et alliées sont mobilisées pour que la démédicalisation et la dépsychiatrisation s’appliquent réellement sur l’ensemble du territoire.

Si la judiciarisation demeure, et si le texte actuel reste très loin des revendications des associations trans et de l’objectif d’autodétermination, quelques progrès sont réalisés par rapport à la situation antérieure à cette loi. Le projet de loi reste malgré tout très en retrait en comparaison à des législations d’autres pays européens. Il maintient les personnes dans une insécurité juridique relative. De nombreuses associations trans et d’autres associations (dont AIDES) continuent donc de revendiquer la mise en place d’une procédure déclarative, rapide, et transparente, auprès de l'officier d'état civil.  Pour reprendre les mots du Défenseur des droits : "Cette procédure paraît la seule qui soit totalement respectueuse des droits fondamentaux des personnes trans tels qu'ils sont garantis notamment par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme". Une telle procédure permettrait véritablement de réduire les discriminations et stigmatisations, d’améliorer le quotidien des personnes, et donc de renforcer leur capacité à prendre soin d’elles et de leur santé. Nous n’y sommes pas encore !

(1) : Une version longue de cet article a été publié dans "VIH, hépatites, la face cachée des discriminations", réalisé par AIDES.

Immutabilité de l’état de la personne
L’indisponibilité de l’état des personnesest un principe juridique selon lequel un individu ne pourrait disposer de manière pleine et entière de sa personnalité juridique, ni un tiers pour lui. Il ne faut pas confondre ce principe avec celui de l’immutabilité de l’état des personnes plus radical qui, lui, instaure qu’on ne peut pas changer d’état civil à sa convenance.

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L’Accompagnement du parcours de santé trans : l’exemple marseillais

Imaginez une vie où exister tel qu’on le ressent n’est pas un droit, mais un combat. Sur les rives de la Méditerranée, les flots de la vie peuvent être tumultueux pour les personnes trans. Dans leur parcours pour la reconnaissance de leur identité vécue, les affres du quotidien sont pénibles. Où trouver des espaces dans lesquels on peut s’exprimer librement, à qui parler sans se faire juger et sans être réduit à une transidentité encore considérée comme une "pathologie" ? Où trouver du soutien ? Comment obtenir un suivi de santé de qualité, respectueux de son identité, de ses choix et de son genre ? Toutes ces questions demeurent en 2016 une gageure. Mais dans la deuxième ville de France, des initiatives ont fleuri à la faveur de l’urgence et de la mobilisation de personnes concernées, proches et alliées des "T".

Depuis la gare Saint-Charles, à Marseille, en redescendant vers le vieux port comme en suivant les voies du tram, un cours calme et dégagé, loin du tumulte de la cité phocéenne. A deux pas, sur le boulevard Longchamp, une sonnette précède une lourde porte en bois. Une fois le sas franchi, on arrive dans le hall discret du nouveau CeGIDD (fusion des anciens CDAG et CIDDIST) (1) de Marseille. Celui-ci a la particularité d’être coordonné par AIDES, et d’héberger également l’antenne locale de l’association, un étage plus haut.

Nommé Spot Longchamp, à l’instar de son cousin parisien (Le SPOT Beaumarchais), ce lieu innovant reprend les activités principales d’un centre de santé sexuelle (consultations, dépistages, accompagnement, etc.), tout en ajoutant une dimension communautaire d’accueil et de soutien des personnes, philosophie propre de la structure.

Sexe et santé trans

Le lieu, ouvert en juin 2016, a pour principale mission l’accompagnement des personnes les plus exposées aux épidémies de VIH et d’hépatites virales, mais aussi aux IST et de lutter contre les discriminations à l’égard des minorités les plus précaires. Six mois après, la file active est majoritairement composée d’hommes gays ou ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Mais dans son premier rapport d’activité, la structure indique que cinq personnes trans fréquentent le lieu, dans le cadre d’un suivi de santé globale pendant leur parcours de transition, une forme de continuité avec des programmes d’offre de santé sexuelle imaginés par AIDES, mis en place depuis deux ans. Ces programmes ont inscrit dans les axes de plaidoyer locaux les enjeux de santé des personnes trans. Une proposition inédite, qui a perduré à l’ouverture du Spot Longchamp. "Au fil du succès et de la fréquentation du Spot, nous avons identifié les besoins à travers les publics qui se rendaient dans la structure ou connaissaient AIDES. Parmi eux, des personnes trans, qui nous confiaient leurs difficultés et leurs besoins. Nous avons alors décidé de leur proposer un accompagnement spécifique", raconte Sarah Lablotiere, coordinatrice du Spot Longchamp. Depuis, l’ensemble de l’équipe s’est mobilisé afin de faire de ce lieu un espace bienveillant et inclusif pour les personnes trans. Une enclave de calme et de respect de leur identité, dans une ville où les vents contraires soufflent fort.

A la merci des psys

Les personnes trans vivant en France, à Marseille ou ailleurs, rencontrent des obstacles récurrents et particulièrement tenaces dans leur prise en charge médicale, qu’elle concerne spécifiquement le parcours de transition ou le simple suivi de santé. A Marseille, c’est la SoFECT qui détient, à l’hôpital, le monopole du suivi et de la procédure médicale pour les opérations de "réassignation de genre". Cette procédure dite "d’évaluation" est très décriée par les personnes et associations trans. Très "psychiatrisante", elle oblige les personnes à entrer dans un cadre médicalisé qui étudie leur demande à l’aune d’une certification psychiatrique, très longue à obtenir et largement discrétionnaire. D’ailleurs, les personnes trans se retrouvent souvent en conflit avec les praticiens officiant dans cette procédure. Devant une interminable attente, face à l’urgence liée à leur transidentité, les personnes sont souvent contraintes de passer par cette étape pour apporter des "preuves médicales" à d’autres praticiens pour être opérées ou soignées. Cela avant même d’avoir entamé l’autre parcours du combattant, celui de la reconnaissance légale de leur transidentité, par un changement du prénom et du genre indiqué à l’état civil.

Cette double peine, entre pathologisation permanente et galère judiciaire, Jules-Raphaël, président de l’association OUTrans la résume, implacable : "On considère que les personnes trans ne sont pas capables de prendre des décisions pour elles-mêmes. On présume que le pouvoir médical sait mieux ce qui serait bon pour elles. Cela se retrouve dans le parcours de soin, mais aussi sur le changement d’état-civil. On verra ce que produira la nouvelle loi justice 21, mais jusque-là, il faut être en mesure de produire tout un tas de documents et notamment des certificats médicaux qui attestent d’un suivi considéré comme "correct" pour prétendre à obtenir ce changement d’état-civil".

Au Spot Longchamp, on est conscient de ces réalités très douloureuses pour les personnes trans, peu importe où elles se situent dans leur parcours. Alors, en plus de leur proposer un accès à une consultation avec un médecin et à des sérologies de dépistage du VIH, des hépatites, des IST, l’équipe s’efforce de répondre aux besoins, de façon individualisée. Que ce soit à l’intérieur ou non du Spot Longchamp. "Ici, il y a une offre pour des publics différents, et les personnes trans en font partie. Il y a les entretiens et échanges avec les accompagnateurs communautaires, qui peuvent déboucher sur une palette de propositions en interne : médecin, assistante sociale et psychologue. Des espaces, au sein de même de la structure, qui sont faits pour être "friendly". Proposer un cadre bienveillant, faire attention aux pronoms, respecter le bon prénom d’usage : ce sont des bases élémentaires qui font du bien aux personnes.

A côté de cela, nous essayons de construire des réseaux de partenaires avec des chirurgiens, des endocrinologues, des dentistes, des praticiens qui sont reconnus comme respectueux de chacun-e par les personnes trans elles-mêmes. Quand tu es en parcours de transition ou en questionnement de genre, partout où tu te rends, cela va poser des problèmes. Ici et avec nos partenaires, nous faisons tout pour qu’il n’y en ait pas", explique Delphine Olivari, accompagnatrice communautaire au Spot Longchamp.

La réponse médicale, au-delà de la transition, n’est pas adaptée et ne satisfait pas les personnes trans. Et certains médecins le disent aussi. Vanessa est une généraliste vers laquelle le Spot oriente en confiance. Elle reçoit des personnes trans en consultation, au Planning familial ou dans son cabinet de ville. "Je suis des personnes venant de la SoFECT ou qui ne veulent ou ne peuvent pas y entrer. Je fais des prescriptions et du suivi de traitement hormonal". Elle admet qu’elle a du apprendre sur le tas. "Je me suis auto-formée en lien avec une équipe médicale lilloise. Au départ, on n’y connait rien, et même en étant ouvert et bien intentionné, on commet des maladresses." Et de déplorer l’absence de prise en compte de cette question par la formation médicale. "Il n’existe pas de module ou cycle spécifiques, même durant les études de médecine générale." De quoi s’interroger sur la qualité effective du suivi médical, notamment gynécologique : "Comment assurer une bonne prise en charge si l’on n’est pas formé ?"

Le havre de paix marseillais

Jeudi soir, à l’heure de la permanence, Satine franchit la porte. Cette femme trans arrive dans une tenue qui correspond à son genre féminin, ce qu’elle ne peut pas faire en journée ou dans sa vie de tous les jours. Au Spot Longchamp, elle est qui elle est, et se sent bien. Satine vient régulièrement. "C’est un ami qui m’a recommandé de venir ici, en me disant que les gens y étaient à l’écoute. Ma première idée était de venir faire des tests, et aussi de pouvoir parler à une psy, en plus du suivi que j’avais dans le protocole [d’évaluation de la SoFECT, à l’hôpital, ndlr]. J’y ai trouvé une oreille attentive, de la part de tous, bien plus que je ne l’imaginais". Satine fait notamment référence à la psychologue clinicienne, Hélène Knibbe, qui propose des "espaces de soutien et de parole libre" aux personnes fréquentant le Spot Longchamp, dont certaines sont trans. Hélène Knibbe précise d’emblée qu’elle reçoit des personnes et qu’elle veut "les laisser se faire entendre, sans étiquette". "Il n’y a pas de cas théoriques ici, mais une vie, une histoire et des parcours. Il y a souvent une souffrance évidente à voir son vécu interne ne pas être connu ou reconnu dans la vie sociale. Ici, nous sommes loin de l’évaluation du parcours officiel de la SoFECT. Il n’y a ni évaluation, ni enjeu, ni jugement. Juste un lieu pour une parole simple et libre", ajoute-t-elle encore. Satine voit en tout quatre psy, entre le psychiatre et la psychologue de la SoFECT de Marseille, un autre psychiatre pour le suivi de sa dépression et enfin Hélène Knibbe au Spot Longchamp. Mais elle l’affirme, la seule qui l’aide à aller mieux, c’est cette dernière. Aujourd’hui, dans son parcours de transition, Satine est "bloquée". Toujours en "évaluation", elle se voit refuser l’initiation d’une hormonothérapie au prétexte d’un "manque cruel de sociabilisation de sa féminisation". C’est l’avis des praticiens de la SoFECT. "On me donne rendez-vous à l’hôpital en plein après-midi, en semaine en me disant d’être discrète pour ne pas avoir de souci dans les transports en commun. Quelques semaines plus tard, le psychiatre me rétorque que je n’assume pas d’être une femme. Sauf que je travaille le soir, habillée en femme. Je sors aussi avec mes amis comme je suis là devant vous. Mais cela n’est pas suffisant", dénonce Satine. Elle se sent "en sursis, à la merci de quelqu’un". Et, bloquée dans une double contradiction : elle doit d’un côté "ajouter une nouvelle justification" (s’habiller en femme) qui indiquerait qu’elle assume d’entrer dans un parcours de transition ; de l’autre, on lui conseille de ne pas se mettre en danger, sous entendu de ne pas s’habiller en femme. Le paradoxe est flagrant et extrêmement violent pour Satine. Mais elle est loin d’être la seule à traverser cela. "Les parcours de transition restent très stéréotypés. Les médecins, même les plus ouverts, attendent des personnes un parcours univoque qui serait : le psychiatre, puis l’endocrinologue, puis le chirurgien pour effectuer toutes les chirurgies possibles et ainsi rentrer dans le moule de ce que doit être in fine une personne : un homme ou une femme. Que les personnes trans le pensent vraiment ou non, celles-ci sont contraintes à produire et reproduire ces discours préconstruits pour éviter les refus, même si ces derniers existent encore", explique encore Jules Raphaël d’OUTrans. Satine attend depuis juillet une nouvelle évaluation pour entamer le début du parcours de transition qu’elle souhaite. Mais aucun délai de réponse n’est donné. Si cela était possible, Satine aimerait faire son parcours au Spot Longchamp : "Avoir un suivi psy, parce que je pense que j’en ai besoin afin de comprendre l’ampleur du parcours dans lequel je m’engage. Mais ça serait aussi avoir un accompagnement, une orientation pour trouver, soi-même, tous les spécialistes pour les besoins que nous avons, des docteurs qui nous respectent, sans attendre l’aval d’un autre médecin pour enfin être nous-mêmes. Le problème aujourd’hui c’est ce barrage, cette lenteur de procédure qui nous assujettit à la
décision de quelqu’un", ajoute-t-elle encore.

Ecoutez les T et ceux qui les aiment

Créer des espaces de parole sécurisants n’est pas une ambition nouvelle. En 2013, un salarié de AIDES à Marseille, lui-même transgenre, a créé le T-Time, rendez-vous salvateur et non mixte [réservé uniquement aux personnes trans, ndlr] pour les personnes trans. Trois ans plus tard, l’action est toujours en place, portant un moment de convivialité safe, havre de paix bien méritée. Mais ce T-Time s’est voulu aussi inclusif pour les proches. Lorsque la famille est là et souhaite aider et accompagner ; il est très difficile pour elle aussi de trouver des interlocuteurs ou des ressources pour mieux appréhender la question de la transidentité ou simplement de ne pas se sentir seule voire désarmée devant le parcours de transition d’un proche. D’où la naissance d’un espace pour les proches, animé aujourd’hui par Madeleine, mère d’un jeune garçon trans. Cette dernière raconte son combat, au long cours, pour comprendre, mais aussi pour que son fils puisse simplement être un ado respecté et heureux. "Quand mon enfant m’a parlé de sa situation, je me suis senti démunie.

Sur Internet ou ailleurs, j’ai cherché des informations pour comprendre. Après avoir trouvé une consultation à l’hôpital, je me suis retrouvée dans un service de psychiatrie, pour une consultation pour mon fils, sans ma présence. Après un rendez-vous déstabilisant pour mon fils, le médecin m’a brièvement expliqué. Nous nous sommes serrés la main et puis c’était tout. Mon fils l’a mal vécu. Au-delà de la symbolique, il a trouvé cela très castrateur. Quand j’ai encore demandé s’il y avait d’autres endroits pour trouver des informations, pouvoir rencontrer des personnes dans la même situation que moi, on m’a répondu que non", raconte Madeleine. J’ai mis plus de six mois à trouver un numéro de téléphone, et cela a été celui de AIDES [qui met à disposition des locaux, ndlr]. J’avais trouvé le T-Time. Grâce à cette initiative, Madeleine a pu se rassurer, mettre des mots sur ses inquiétudes mais aussi rencontrer des personnes "comme son fils". "C’était important pour moi. Je n’avais aucune représentation, aucune idée de ce qu’était une personne trans. Dans notre culture, on n’a aucune image, personne n’en parle. Je n’avais pas de jugement, mais j’avais des angoisses pour mon fils, qu’il soit exclu de la société, brutalisé, ce qui commençait déjà à se passer au collège", où il a été harcelé. Entrer dans ce cercle, rencontrer des personnes, voir des couples, cela été important pour m’apaiser. J’ai pu voir que les personnes trans étaient intégrées, heureuses, avec les mêmes attentes que n’importe qui." Pourtant, Madeleine raconte combien elle a du se battre pour rencontrer des médecins respectueux, pour que son fils soit mis sur les listes d’appel de classe à son nouveau prénom. Philosophe, elle nuance : "Les difficultés rendent créatif et obligent à trouver des solutions qui, à Marseille, en dehors du T-Time et du SPOT, restent malheureusement trop peu nombreuses". Les problèmes demeurent.

La France n’avait, jusqu’à très récemment, aucun texte permettant un changement d’état-civil. La loi Justice 21 y consacre un article. Mais les quelques avancées du texte face à l’actuelle jurisprudence, restent largement insuffisantes aux yeux des associations de personnes trans. Nous sommes loin du changement de la mention du sexe à l’état civil libre et gratuit. Et les décrets d’application se font toujours attendre. Mais réduire la question trans à l’obtention des papiers correspondant à son genre n’est "que l’arbre qui cache la forêt de la transphobie", explique Giovanna Rincon, activiste trans, vivant avec le VIH, présidente de l’association de soutien des personnes trans migrantes vivant en France Acceptess-T. "Il y a des attentes évidentes sur le changement d’état civil, mais les besoins des personnes trans, souvent précaires, concernent aussi d’autres situations quotidiennes ; des situations liées au rejet, à la xénophobie, à la putophobie, et à la sérophobie. Il faut un vrai projet de société, intégrant et respectueux, pour régler l’ensemble des enjeux".

(1) : Centre gratuit d'information, dépistage et diagnostic des infections par le virus de l'immunodéficience humaine et les hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles.

CeGIDD Spot Longchamp : 3 boulevard Longchamp, 13001 Marseille. Ouverture mardi 16h-19h30, jeudi 18h-21h30, vendredi et samedi 11h-14h30. 04 91 14 05 15. Facebook : Le Spot Longchamp

Le T.Time à Marseille
Le T.Time est un groupe d’autosupport pour les personnes trans et intersexes. Il a lieu une fois par mois, en alternance dans les locaux de AIDES et du Planning familial. Cette action est soutenue par AIDES, SOS Homophobie, l’Observatoire des transidentités et Le Planning familial. Il a lieu un mois sur deux un mardi, un samedi le mois suivant. Vous pouvez contacter le groupe (t.timetrans13 "@" gmail.com) ou consulter leur page facebook pour connaître les dates et lieux des prochains T.Time).


Les portraits "Queer" de Quentin Houdas
Diplômé en histoire de l’art, en photographie et en art contemporain, Quentin Houdas a été assistant de plusieurs photographes. Son travail personnel prend sa source dans les sciences humaines et la peinture classique. Il a notamment travaillé sur une série intitulée "Queer" sur les sexualités alternatives et les transidentités, soit 20 portraits qui permettent d’interroger le rapport entre l’être humain, sa nature propre et sa possible émancipation du déterminisme biologique. Le portrait de Naelle en couverture de Remaides est extrait de cette série.

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Un glossaire engagé

Loi justice 21 ou Justice du XXIe siècle : Dernière loi en date portant sur la modernisation de la justice du 21e siècle en France. Elle comporte un article relatif au changement d’état civil des personnes trans.

Transsexualité : Pour les associations trans, ce terme est problématique car il induit une confusion et un amalgame avec les questions de sexualité alors que la transidentité est un enjeu d’identité et de genre. De la même manière, les associations préfèrent employer le mot "trans" plutôt que "transsexuel".

Parcours de transition : Ensemble d’étapes sociales, administratives et/ou médicales associées au passage du genre assigné à la naissance à un autre.

Cisgenre – Bio – Personne non trans : Le terme cisgenre qualifie une personne dont l’identité de genre est en concordance avec son sexe déclaré à la naissance. Cela peut impliquer pour les personnes cisgenres qui l’emploient pour parler d’elles-mêmes, une réflexion sur leur propre identité de genre. Ce ne sont pas des termes inévitablement mis en concurrence, mais, au contraire, deux définitions de soi qui se font écho dans une réflexion sur le genre.

Transsexualisme : "Trouble de l'identité sexuelle dans lequel le sujet a le sentiment que son corps n'est pas en concordance avec son sexe "psychologique", mais appartient au sexe opposé", explique "Le Larousse". Les associations trans considèrent ce terme comme désuet et pathologisant et il est vécu comme péjoratif par la plupart des personnes trans. Les dictionnaires médicaux parlent de "syndrome de transsexualisme", de personnes "atteintes de transsexualisme" ou de "dysphorie de genre".

Transidentité-s : Contrairement aux termes de transsexualisme ou transsexualité, empruntés à la classification des maladies mentales des manuels de psychiatrie, les associations trans utilisent le terme de transidentité-s. Il s’agit aussi de mettre en évidence la grande diversité des parcours de transition, avec ou sans hormones, avec ou sans chirurgies et une "constellation" d’identités trans hors des schémas normatifs et sexistes.

Pathologisant : Qui fait d’une identité ou d’une situation de vie une maladie.

Non-binaires : Personnes qui refusent la binarité homme/femme et qui préfèrent être reconnues dans un genre qui n’obéit pas à la norme : être un homme ou une femme.

La question des pronoms : On parle d’une personne trans en utilisant les accords et les pronoms en adéquation avec l’identité qu’elle revendique, peu importe ses choix de transition. Par exemple : pour une MtF on emploie "elle", et pour un FtM on utilise "il".

Autodétermination : Libre choix pour une personne de décider seule de ce qu’est son identité de genre.

FTM – FT* – FTX : De l’anglais "Female to Male". Personne assignée au regard des sciences biomédicales comme appartenant à la catégorie femelle et pour l’état civil au genre féminin, qui fait un parcours de transition vers un genre masculin et/ ou fluide. On dit un "FTM" ou un "homme trans".

MTF – MT* – MTX : De l’anglais "Male to Female". Personne assignée au regard des sciences biomédicales comme appartenant à la catégorie mâle et pour l’état civil au genre masculin, qui fait un parcours de transition vers un genre féminin et/ou fluide. On dit une "MTF" ou une "femme trans".

Transphobie : La transphobie est le rejet des personnes trans et des transidentités. Elle peut prendre plusieurs formes : exclusion familiale, amicale, professionnelle, refus de soin de la part du corps médical, stérilisation forcée réclamée par les tribunaux pour obtenir le changement d’état civil. Elle peut aller jusqu’à l’agression, voire le meurtre. La loi française reconnaît officiellement la transphobie depuis 2012 à travers la discrimination à raison du sexe devenue de l’identité de genre en 2016, au même titre que le racisme ou l’homophobie.

Hétérosexisme : Ensemble des attitudes, préjugés et discriminations en faveur de l’hétérosexualité, qui est alors établie comme seul modèle relationnel. L’hétérosexisme prétend qu’il est plus normal, moral ou acceptable d’être hétérosexuel-le que d’être gay, lesbienne ou bisexuel-le.

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La santé des trans à Durban

Les enjeux de santé des personnes trans ont eu une large place à la Conférence internationale sur le sida de Durban, en juillet dernier. Déjà en février, à la Croi (1) une séance plénière était consacrée aux enjeux de santé des personnes trans. La conférence de Durban a donc confirmé la place grandissante de ce sujet dans les programmations officielles des conférences internationales.

"No more lips service"

Le 17 juillet 2016, veille de l’ouverture officielle de la conférencede Durban, une pré-conférence — première du genre — estproposée… sur une journée entière. Au programme desprésentations scientifiques et discussions autour d’un thème :"Assez de bonnes paroles, place à l’action pour l’accès à lasanté, à l’égalité et aux droits, maintenant !" Cette journée inédite réunit des activistes trans du Pérou, de Malaisie, deThaïlande, des Etats-Unis, d’Inde et de bien d’autres paysd’Afrique ou régions du monde. Les deux animatrices de cette journée représentent l’IRGT, le Réseau mondial des femmestrans et de lutte contre le VIH, qui a organisé l’événement. On y présente un tout nouvel outil lancé début 2016 par l’Onu en lien avec plusieurs associations communautaires trans. Plus de 90 expert-e-s du monde entier, dont de nombreuses personnestrans et des professionnel-le-s de santé, y ont contribué. Il s’agit d’un guide très complet qui présente le programme Transit (2).

Ce guide entend favoriser la mise en œuvre de programmes deprévention du VIH pour les personnes trans. Au-delà des strictes problématiques de santé, il aborde le besoin de renforcer l’empowerment des personnes trans et de prendre en compteles enjeux de stigmatisation, discriminations et violences qui les affectent. Il propose enfin des modèles de services de santé inclusifs et respectueux qui soient accessibles et adaptés àleurs besoins. Le guide prend appui sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les populations les plus exposées au VIH, dont les personnes trans, et intègre les recommandations concernant la PrEP (prophylaxie préexposition).

Transit est ainsi un outil de plaidoyer pour une planification stratégique répondant aux enjeux de santé des personnes trans et une nouvelle ressource très complète pour l’amélioration des services de santé qui leurs sont destinés et la formation des personnels qui les coordonnent.

La PrEP en débats

Plusieurs intervenant-e-s abordent l'accès et l'acceptabilité de la PrEP (prophylaxie pré-exposition) pour les populations trans. Le manque de données sur le sujet est souligné à plusieurs reprises. De nombreux essais de PrEP ont concerné exclusivement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, oubliant les personnes trans. Des orateurs et oratrices évoquent les préoccupations de femmes trans au sujet de l’interaction de la PrEP avec le recours aux hormones. Chercheuse au Centre de santé communautaire Callen-Lorde à New York, Asa Radix présente des données d'une étude qu'elle a menée sur l'utilisation de la PrEP par les femmes trans. Des résultats encourageants qui montrent l’intérêt de proposer un accompagnement communautaire de la PrEP adapté aux personnes trans. Si ces dernières sont bien prêtes à s’approprier ce nouvel outil de prévention, seule la mobilisation des communautés concernées pourra développer leur recours à la PrEP. Michelle Ross, co-fondatrice de CliniQ — un centre communautaire de santé sexuelle et de bien être global pour les personnes trans et leurs partenaires, à Londres — propose une présentation ("Comprendre les besoins et les points de vue des personnes trans et non binaires séronégatives au Royaume-Uni") sur une mise en oeuvre de la PrEP au-delà des gays. La chercheuse souligne la nécessité de proposer une offre de santé capable d’entendre les besoins de santé spécifiques des personnes et d’y répondre. Pour cela, il est indispensable d’inclure les communautés concernées dès la conception des études et des programmes de santé qui leur sont destinés, car elles sont les mieux à même de comprendre les enjeux et difficultés auxquels elles font face.

Les personnes FTM/FT* et HSH : quels enjeux ?

Dans le programme officiel de la conférence, plusieurs sessions, symposiums et tables rondes abordent les enjeux de santé trans. Le 18 juillet, un forum de discussion se penchait sur la questiondes hommes trans et autres personnes transmasculines (FTM / FT*) qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Six personnes originaires d’Ecosse, de San Francisco, de Londres, témoignent de leurs expériences personnelles, parlant des difficultés de recours à la PrEP quand l’inclusiondes FTM et FT* n’a pas été pensée, des problèmes d’accès aux services de santé en général, du fait d’un accueil inadapté, du déficit de formation des professionnels de santé, du manque d’appropriation général des problématiques spécifiques aux trans, d’un vocabulaire inadapté, etc. Comment trouver sa place dans des dispositifs pensés exclusivement pour les personnes cisgenres ?

Comment se sentir bienvenu-e-s siles acteurs et actrices de santé s’obstinent à vouloir faire entrerles personnes dans des cases où la diversité des identités etdes corps trans n’a pas sa place ? "Mais enfin, êtes-vousune femme ou un homme ?", "Que faites-vous là ? C’est un service destiné aux hommes gays !" Comment, enfin, prendre en compte la santé des personnes dans leur globalité (santé sexuelle, problématiques sociales, lutte contre la précarité et les discriminations, etc.) et pas seulement se focaliser sur les enjeux liés au VIH ? Dans l’assistance, une chercheuse rappelle le manque de données sur l’incidence et la prévalence du VIH chez lespersonnes trans, la nécessité de favoriser la recherche sur ce champ : il faut connaître les besoins pour pouvoir y répondre. Les freins à la prise en charge, la discrimination, le difficile dialogue avec le monde médical, l’importance de documenter et objectiver les besoins pour produire les arguments et les outils adaptés : autant d’enjeux bien connus des acteurs et actrices de la lutte contre le sida pour d’autres populations vulnérables et éloignées du soin, et qui doivent maintenant être abordés avec et pour les personnes trans ! On sait à quel point le VIH est un révélateur des inégalités sociales d’accès à la préventionet au soin, pour tous les publics dits clés. Les personnes trans n’y échappent pas, mais restent, de fait, peu prises en compte.

Après ce constat, l’échange prend un autre tournant. "Et lastigmatisation au sein de la communauté homo elle-même,on en parle ?" Gros blanc dans la salle. Puis les témoignages fusent et concordent. "Nous trans FtM/FT* aimant les hommes, nous subissons souvent agressions verbales, rejet et violences physiques de la part des gays cisgenres".

Evidemment, cette discrimination des trans FtM et FT* à l’intérieur même des communautés gay ne favorise pas leur accès à la prévention et à la santé. Alors, comment favoriser l’inclusion des personnes transmasculines dans les programmes de prévention en direction des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, et plus largement dans les communautés gay ? Comment les associations de santé communautaire peuvent-elles œuvrer à créer ces passerelles entre besoins spécifiques des personnes trans et problématiques de santé homosexuelles ? Autant de questions aujourd’hui très peu explorées, mais qui émergent enfin, grâce à la mobilisation des personnes concernées.

Prévention et accès aux soins en session officielle

Le 20 juillet, une session de présentations d’abstracts (3) est consacrée à la prévention du VIH et leur accès aux soins. Tonia Poteat, docteur et enseignante à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health (Baltimore, Etats-Unis), présente un aperçu des enjeux de santé des personnes trans à travers une méta-analyse : "Trans Nations: A Global Review". Son intervention est largement inspirée d’un article publié en juin 2016 dans un numéro spécial de la revue scientifique "The Lancet" entièrement consacré à la santé trans (4) Dans son intervention, Tonia Poteat souligne d’abord la trop rare utilisation dans les recherches concernant les personnes trans d’un vocabulaire approprié et utilisé par les personnes concernées. Elle rappelle ensuite que les personnes trans constituent une population très diverse, affectée par une série d’indicateurs de santé négatifs.
De nombreuses études documentent systématiquement la prévalence élevée d’une mauvaise santé dans cette population, y compris pour le VIH et d'autres IST, la santé mentale, les addictions et autres pratiques à risques. Mais de nombreux autres enjeux de santé restent peu étudiés. Les recherches sur des échantillons représentatifs des populations et les études longitudinales sont trop peu nombreuses. Les efforts de veille sanitaire concernant la population trans sont rares. L'absence d'éléments permettant d'identifier les répondants transgenres dans les enquêtes générales limite souvent la disponibilité des données nécessaires pour estimer l'ampleur des inégalités en matière de santé et caractériser la santé des personnes trans au niveau mondial. Trop peu de recherches se fondent sur les besoins et problématiques identifiés par les communautés concernées. Tonia Poteat souligne enfin la nécessité de caractériser mieux les différentes populations trans composant la "communauté" trans, les vulnérabilités particulières de certains sous groupes et les besoins spécifiques des un-e-s et des autres. Malgré ces limites, Tonia Poteat affirme qu’il existe suffisamment de données mettant en évidence les facteurs contextuels biologiques, comportementaux, sociaux et structurels spécifiques qui ont un impact sur la santé des personnes trans. Une approche globale est donc indispensable pour inclure "l’affirmation de genre" et les transidentités dans les enjeux de santé publique, en partenariat avec les communautés trans locales. Mais pour une meilleure prise en compte des besoins des personnes trans dans les systèmes de santé et d’accès aux soins, et pour assurer la pertinence des nouvelles stratégies de santé les concernant, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des données de qualité et donc de produire de nouvelles recherches. Il est nécessaire, enfin, de considérer explicitement le sexe et le genre dans la recherche épidémiologique et la veille sanitaire plus large.

(1) : Conférence scientifique annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes.
(2) : "Implementing comprehensive HIV prevention programmes with transgender people". Le document (uniquement en anglais) est consultable en ligne.
(3) : Ce sont des résumés de projets d’études ou de recherches.
(4) : Document en anglais uniquement et accès sur abonnement.


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Avancer aux côtés des communautés sur les enjeux de santé et de lutte contre le VIH

La "communauté" trans est très exposée au VIH. Assez logiquement, AIDES a choisi de travailler sur cette question en partenariat étroit avec des associations communautaires trans. Responsable plaidoyer et mobilisations citoyennes à AIDES, Caroline Izambert revient sur cet engagement. Interview.

Sans refaire dans le détail toute l’histoire, dans quelles circonstances et pour quelles raisons, AIDES s’est-elle engagée sur la question trans ?

Caroline Izambert : Les personnes trans sont particulièrement exposées au VIH. Il est donc logique que AIDES soit investie au côté des communautés trans. Depuis une dizaine d’années, l’activisme et l’auto-support trans connaissent un renouveau. C’est à leur contact et suite à des sollicitations dans notre réseau que AIDES a renforcé son engagement sur cette question. Tout au long du processus législatif autour de la loi Justice 21, nous avons mené un travail de plaidoyer avec les communautés trans pour porter la revendication d’autodétermination.

Les évolutions récentes concernant le changement d’état civil font l’objet de critiques y compris de la part de AIDES. Dans le contexte politique actuel et les échéances électorales de 2017, que comptez-vous faire sur ce sujet ?

Dans l’édition 2016 du rapport "VIH/Hépatites : la face cachée des discriminations", nous avons fait le bilan de la mobilisation, des avancées, mais aussi des mesures qui doivent encore être mises en place. Ce document sera le support de nos actions de plaidoyer pour 2017. L’autodétermination est une revendication que n’a pas satisfaite la loi Justice 21 et qui doit être portée pendant la campagne présidentielle. Par ailleurs, les textes d’application de cette loi ne sont pas encore sortis et nous restons vigilants pour qu’ils prévoient une procédure simple, gratuite et lisible afin de sécuriser les droits des personnes. Nous serons également mobilisés pour nous assurer que cette dernière est correctement mise en place et réellement accessible. En juillet 2016, dans un communiqué, AIDES et des associations trans appelaient à la mise en place d’un "vrai programme de santé publique et de lutte contre le VIH pour les personnes trans".

Que devrait comporter un tel programme et quelles en seraient les mesures prioritaires ?

D’abord, la priorité doit être le recueil des besoins par les personnes concernées en les associant au processus de construction. Ensuite, la connaissance de l’épidémie dans la communauté trans reste incomplète et des recherches épidémiologiques sont indispensables. Le volet clinique ne doit pas être négligé pour mieux comprendre les interactions entre hormonothérapie et traitement contre le VIH. Enfin, l’environnement social doit évoluer pour améliorer la prise en charge. Des formations spécifiques auprès du personnel de soin doivent être menées autour la prise en charge et la relation soignants/soigné-e-s, encore trop souvent jugeante, voire discriminante. Nous attendons également des pouvoirs publics qu’ils assument leur mission de prévention en menant des campagnes ciblées.

Dans le contexte actuel, très réfractaire auxréformes progressistes, comment comptez-vousporter l'enjeu d'une démédicalisation et d’unedépsychiatrisation du parcours de transitiondes personnes trans ?

L’enjeu n’est pas celui d’une démédicalisation, mais bien d’une dépathologisation des identités trans, notamment dans l’accès au changement d’état civil et dans le parcours de soins. Les personnes trans ne sont pas malades ! Si le contexte général est difficile, la réforme du changement d’état civil est une étape vers la fin possible de l’ingérence du médical et de la psychiatrie dans les vies des personnes. Mais cela ne doit pas être le seul front. Aucune avancée significative n’a eu lieu depuis 2010 et la sortie du "transsexualisme" des ALD psychiatriques, une mesure symbolique, mais qui n’a pas mis fin au pouvoir des psychiatres sur l’accès aux soins des personnes trans. Avec les communautés, il faut maintenant reprendre le travail avec le ministère de la Santé et la Sécurité sociale pour remettre à plat le parcours de soins et permettre une prise en charge de qualité, respectueuse de la diversité des personnes trans et de leurs besoins.

Régulièrement, on entend que les donnéesmanquent concernant les personnes trans. Ainsi, aucune réelle enquête épidémiologique n’a été menée les concernant. Que fait AIDES sur cette question ?

L’enquête menée en 2010 par l’Inserm (1), auprès de 381 personnes trans, a donné quelques indications sur l’ampleur de l’épidémie dans la population trans : parmi les MtF ayant déjà réalisé un test de dépistage 7 % des personnes étaient séropositives, cette proportion atteignait 17,2% pour les personnes ayant déjà eu recours au travail du sexe. Mais ce travail nécessiterait d’être complété et affiné pour mieux comprendre la dynamique de l’épidémie et adapter l’offre de soins et de dépistage en conséquence. AIDES, en lien avec CST+, soutient les initiatives récentes de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales pour lancer de nouvelles recherches. La conférence de l’IAS, qui aura lieu à Paris en 2017, sera l’occasion de mobiliser les communautés et sensibiliser les scientifiques à la nécessité de nouvelles recherches. Une session dédiée aux personnes trans s’y tiendra.

Concrètement : quelles actions de soutien,d’accompagnement sont proposées par AIDES aux personnes trans ?

L’objectif de AIDES n’est pas de se substituer au travail fait par les associations communautaires mais plutôt d’avancer à leur côté sur les enjeux de santé et de lutte contre le VIH. Par exemple, à Marseille, se réunit le T. Time, un groupe d’auto-support organisé en lien avec d’autres associations locales comme l’Observatoire des transidentités ou le Planning Familial. En parallèle, le Spot Longchamp à Marseille, un lieu de santé communautaire, propose un accompagnement individuel des personnes trans dans leur parcours de santé : gynéco, sexologue, assistant-esocial-e, distribution de matériel d’injection, etc. A Paris, au Spot Beaumarchais, une réflexion est en cours avec les associations trans partenaires pour développer une offre en santé sexuelle sur le même modèle.

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Santé des personnes trans : les équipes hospitalières/protocolaires : la SoFECT

La Société française d'études et de prise en charge du transsexualisme (SoFECT) entend réunir "les professionnelsde la prise en charge en France des problèmes relatifs àl’identité de genre, dans un but de recherche, d'enseignement,de formation, d'information, d'organisation, de coordination,d'évaluation et d'amélioration de cette prise en charge".
Le site de la SoFECT mentionne l’existence "d’équipes" àNice, Montpellier, Bordeaux, Lyon, Marseille et Paris. Lesassociations trans sont souvent très critiques vis-à-vis decette société et de la nature de la prise en charge proposée.Pour elles, la SoFECT réunit des experts autoproclamésdu "transsexualisme" qui s’efforcent, à travers plusieurséquipes hospitalières pluridisciplinaires et des protocolestrès psychiatrisés, d’imposer une approche pathologisantedes transidentités et de monopoliser la prise en chargedes demandes de traitements et d’opérations liées auxtransitions. La SoFECT accapare dans les faits l’accès auxopérations de modification génitale réalisées en France.Ces équipes hospitalières sont composées principalementde psychiatres, d’endocrinologues et de chirurgiens (urologie,chirurgie réparatrice, etc.). Souvent appelées de manière erronée "équipes officielles" en opposition au "parcoursprivé", elles n’ont rien d’officiel en réalité. Le recours àdes médecins exerçant en secteur libéral est possible etnormalement remboursé par l’assurance maladie, en dehorsd’éventuels dépassements d’honoraires. Ces "équipesofficielles" sont reconnues par la Sécurité sociale, même si leparcours de soin qu’elles proposent est, du point de vue denombreuses associations, totalement inadapté à la réalité età la diversité des besoins des personnes trans.

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Peu d’études épidémiologiques, mais des données alarmantes

Peu de données fiables sont disponibles en France, qu’elles concernent le nombre de personnes trans et la prévalencedu VIH parmi elles. Une enquête Inserm (1) a été réalisée en 2010 auprès de 381 personnes trans, afin de déterminer leurs caractéristiques sociodémographiques, leurs parcours de soins et leurs situations vis-à-vis du VIH. Ses résultats confirment la gravité de l’épidémie du VIH/Sida chez les personnes trans MtF.

Concernant le dépistage, 83 % des MtF et 63 % des FtM ont déclaré avoir fait le test au moins une fois dans leur vie, 32 % des FtM et 39 % des MtF déclarent l’avoir fait sur les 12 derniers mois. Dans cette enquête de 2010, on note des prévalences pour l’infection par le VIH allant de 10,9 % pour des MtF nées à l’étranger, 17,2 % pour les MtF ayant été en situation de prostitution, et 36,4 % des MtF nées à l’étranger et ayant été en situation de prostitution. Dans cette enquête, 20,6 % des MtF et 12,5 % des FtM indiquaient avoir été en situation de prostitution. Parmi les MtF ayant déjà eu recours au travail du sexe, 17 % sont séropositives ; 36 % si celles-ci sont de plus nées à l’étranger. Chaque 1er décembre, Santé publique France communique les chiffres du VIH/sida en France. Même si l'estimation reste imprécise et qu'il est très probable que certaines personnes trans n'aient pas été référencées comme telles dans les déclarations obligatoires remplies par les médecins pour chaque diagnostic VIH, on dispose de quelques données concernant les personnes trans pour la période 2012-2015. Au moins 46 découvertes de séropositivité sur cette période concernaientdes personnes trans, dont 40 femmes trans. La plupart de ces personnes (40) sont nées à l'étranger, dont 26 sur le continent américain, essentiellement en Amérique latine. Enfin, 61 % ontété diagnostiquées en Ile-de-France. On note aussi dans les chiffres fournis par Santé publique France, au moins cinq cas decontamination d'hommes trans ou autres personnes trans FT*. Des données internationales (nombre de personnes concernées et prévalence au VIH) ont été présentées à l’occasion de la Croi en 2016. Aux Etats-Unis, on estime qu’il y a 0,3 % de personnes trans, soit environ 700 000 personnes. En Europe, entre 0,1 et 0,5 % de la population générale, et en Asie le pourcentage estimé est un peu plus élevé. Chez les hommes trans, la prévalence du VIH est faible : moins de 2 %. En revanche, 39 études menées dans quinze pays estiment que la prévalence est de 19 % chez les femmes trans avec une incidence s’élevant entre 1,2 et 3,6 % par an. En Afrique, des études ont montré des prévalences très élevées, jusqu’à 60 % au Lesotho. A la Croi, Tonia Poteat, docteur et enseignante à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health (Baltimore, Etats-Unis), a présenté les résultats d’une méta-analyse (analyse de différentes études) qui indiquaient que 22 % des femmes trans aux Etats-Unis sont séropositives, tandis qu'une méta-analyse globale a révélé que 19 % des femmes trans vivaient avec le VIH, soit 49 fois plus que la population générale.

(1) : Alain Giami et al., Caractéristiques sociodémographiques, identification de genre, parcours de transition médicopsychologiques et VIH/sida dans la population trans. Premiers résultats d’une enquête menée en France en 2010, Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 22 novembre 2011, n°42.


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Pour aller plus loin...

Acceptess-T (Actions Concrètes Conciliants Education Prévention Travail Equité Santé Sport pour les Transgenres) est une association d’auto-support et de lutte contre l’exclusion, les discriminations liées à l’identité de genre et les violences exercées contre les personnes transgenres et leurs proches. Parmi les services proposés : prévention du VIH/sida et accompagnement à la PrEP pour les personnes trans, activités sportives, des permanences juridiques (droit civil et droit du travail), etc. Pour les activités sportives (06 73 37 95 67 / comsport-acceptess-t "@" outlook.fr). Pour les permanences juridiques (juridique.acceptess-t "@" hotmail.com).

Existrans : Chaque année, depuis 1997, l’Existrans, marche nationale des personnes trans intersexes et de celles qui les soutiennent, se déroule le troisième samedi d’octobre. Cette marche militante est organisée par le collectif Existrans.

Le Local de documentation trans-intersexe (centre d’archive et de documentation sur les questions trans et intersexes en Bretagne) a mis en ligne une liste assez complète des associations, collectifs et autres groupes de support trans et intersexe en France, avec leurs coordonnées et leurs horaires de permanences. Elle est disponible avec mises à jour régulières.

Dicklit et T Claques, brochure publiée en janvier 2010 et réalisée par OUTrans est la première en France à destination des personnes trans FT*. Elle a pour spécificité de s’adresser à une population encore plus marginalisée : les hommes trans et trans FT* qui ont des relations avec d’autres hommes.

OUTrans, association féministe d’auto-support trans, mixte FtM, MtF, Ft*, Mt*, personnes cisgenres. Créée en avril 2009 par des trans et pour les trans, pour lutter contre la transphobie à tous les niveaux (social, professionnel, institutionnel). L’association propose des permanences d’auto-support pour les personnes trans, pour leurs proches, pour leurs partenaires. Un accompagnement chez les médecins est également proposé. L’association organise aussi des formations autour des transidentités en direction des personnels médicaux, paramédicaux, sociaux et des entreprises. Permanences d’autosupport (autosupport "@" outrans.org). Activités de formation (coordination "@" outrans.org). Plus d’infos (contact "@" outrans.org).

Guide de santé sexuelle pour les personnes trans et leurs amant-e-s : l’association trans belge Genres Pluriels et l’association de réduction des risques sexuels liés aux IST et au VIH, Ex Aequo, proposent un guide pédagogique de 80 pages, claire et agréable à lire sur la réduction des risques sexuels pour les personnes trans et leurs partenaires.

L’observatoire des transidentités (ODT) est un site indépendant d’information, de productions de savoirs et d’analyses sur les questions trans, inter et les questions de genre. Le site et la revue "Cahiers de la transidentité" ont été fondés par Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin et Karine Espineira. L'ODT s’appuie sur un réseau d’acteurs-actrices de terrain, d’associations partenaires et d’universitaires. Depuis mars 2015, Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira sont responsables du site et de la revue.

Arnaud Alessandrin, auteur d’une thèse sur "Du "transsexualisme" aux devenirs trans" (2008-2012) est docteur en sociologie. Il enseigne la sociologie du genre et des discriminations. Son site propose de nombreux articles, contributions et présentations de recherches concernant les personnes trans.

Trans Mecs & Mecs : Ressources diverses et variées pour les hommes trans et FTMs attirés affectivement ou sexuellement par les hommes trans ou non et les mecs (trans ou non) qui les apprécient. Ce site a pour but de donner une visibilité aux relations affectives, sensuelles ou sexuelles avec des garçons (trans ou non) et de permettre la diffusion en français d’articles anglophones.

Le long de la passerelle, l’histoire d’une traversée : Damia, femme trans, a tenu un blog sur le site yagg consacré à sa transition. On y trouve essentiellement des articles retranscrivant son parcours, mais aussi de la photographie, un peu de fiction, du militantisme, des coups de gueule. Un excellent blog servi par de bonnes analyses et des textes à la fois intimes et militants. A découvrir.

Le T-dor (Transgender day of remembrance) est la journée mondiale du souvenir trans en mémoire des personnes assassinées par transphobie. Elle se tient chaque année le 20 novembre dans plusieurs pays, depuis 1998. Des rassemblements sont organisés à Paris et dans toute la France à l’occasion de cette Journée par le collectif Existrans et des associations trans ou LGBT.

"Diagnostiquer la différence" un documentaire novateur de Annelise Ophelian. Comment réagit-on lorsque son identité de genre est citée dans le Manuel du diagnostic des troubles mentaux ? Dans ce film, ce sont 13 personnes s’identifiant elles-mêmes comme trans qui apportent leurs regards sur ce diagnostic et l’impact qu’il a sur leurs vies. Treize vécus d’une grande force qui ne suivent pas les sentiers battus et qui, avec un certain sens de la pédagogie, expliquent, racontent, cassent des mythes sur les personnes transgenres.

Les brochures de TransformationS FT* et MT* réalisées par OUTrans et publiées en septembre 2013, sont destinées à la communauté médicale, sociale et associative. Elles "présentent les différentes modifications corporelles disponibles pour les personnes trans Mt*/MtF et Ft*/FtM". Elles ont été réalisées dans un but pédagogique afin d’accompagner les formations et sensibilisations à l’accueil des personnes trans proposées par OUTrans. La brochure "FT*-Female to something" est pour les personnes assignées "femelles" à la naissance et femmes à l’état civil et qui sont en transition vers une identité fluide ou masculinisée. La brochure "MT* – Male to something" est pour les personnes assignées mâles à la naissance par la médecine et hommes à l’état civil et qui sont en transition vers une identité fluide ou féminisée.

I’m not a cisboy : Un blog direct, bien rédigé, à la fois teigneux et passionnant, fort et qui sonne et tape juste, pour appréhender l'expérience d'un mec trans, son parcours médical, ses relations avec les médecins, avec l'administration, etc. On vous le conseille vivement.

Chrysalide, association militante de support et de diffusion d’informations sur les transidentités basée à Lyon. Elle a publié plusieurs guides comme "Les transidentités et les proches", "L’accueil médical des personnes transidentitaires", etc. qui sont téléchargeables gratuitement.

Ouest trans : Groupe d’autosupport trans qui propose des permanences et qui édite des fiches pratiques : l’une concerne les demandes d’ALD, l’autre les procédures d’inscriptions pour les étudiant-e-s trans.

IRGT (A global network of Trans women and HIV) est un réseau mondial de femmes trans mobilisées contre le VIH. Il travaille avec des organisations trans, les communautés et les activistes du monde entier. Il est animé par des activistes trans ayant une vaste expérience dans les différentes régions du monde, y compris l'Afrique, l'Inde, l'Amérique du Sud, Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Il a publié deux documents (en anglais qui font référence) : "Most impacted, least served : Ensuring the meaningful engagement of transgender people in global fund processes" et "Counting trans people in : advancing global data collection on transgender communities and HIV".

Transgender Europe (TGEU) est un réseau européen qui réunit plus d’une centaine d’organisations dans 42 pays. TGEU plaide pour une Europe libérée des discriminations liées à l'identité de genre, où les personnes trans et leurs familles seraient respectées et valorisées. Le réseau travaille notamment à ce que les transidentités ne soient plus considérées comme une maladie mentale et pour que toutes les personnes trans aient accès à des services de santé spécifique adaptés et de qualité, et plus largement à la santé globale.

"L’ordre des mots" de Cynthia et Mélissa Arra est un documentaire français de 2007 qui donne la parole à des personnes trans et intersexes dont la quête d’identité de genre se trouve entravée par des normes établies. Leurs moyens de résistance se situent dans la recherche d’outils de savoir, de corporalités, de sexualités, mais aussi d’identités alternatives en dehors des schémas conventionnels. Loin du traitement habituel des questions trans, ce film aborde de front ces questions d’identité de genre en interrogeant non seulement nos normes sociétales trop souvent incontestées mais aussi en analysant la nature de l’oppression et de la répression dont fait l’objet cette communauté.

Les objectifs principaux de la "Campagne STP" (Stop trans pathologisation) sont le retrait du trouble d’identité de genre des catalogues de maladies (le DSM de l’American psychiatric association et le CIM de l'Organisation mondiale de la Santé) et la lutte pour les droits des personnes trans en matière de santé. Depuis 2009, chaque mois d’octobre, la Campagne STP organise une Journée internationale d’action pour la dépathologisation trans, avec des marches simultanées et d'autres actions dans différentes villes à travers le monde.

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