Au mauvais endroit au mauvais moment

Publié par Manuela 731 lectures
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J’ai été contaminée en mai dernier. Je rencontre une jeune fille au hasard d’une boutique de fringues et elle m’invite à la fête des couleurs le lendemain à Vitré. Après une rupture en début d’année, j’avais passé tout l’hiver recluse chez moi à cuisiner et à manger. L’occasion était trop belle de sortir et de voir du monde, j’accepte l’invitation.

Il y a des spécialités culinaires de partout, de la musique, les gens s’amusent, tout le monde est gentil. Je m’évade enfin. On finit la soirée chez un particulier. Un des hommes présents est dans la séduction avec moi, il fait son show. Comme il est tard, il me propose de rester dormir, mais je préfère rentrer. Il me convie à nouveau le lendemain pour un déjeuner, ils vont préparer le foutou, un plat traditionnel ivoirien.

Le lendemain, je n’ai pas de nouvelles, j’envoie un texto pour savoir si l’invitation tient toujours. Pas de réponse, je décide d’y aller quand même pour fuir la perspective d’un dimanche de plus seule chez moi. La jeune femme que j’ai rencontrée à la boutique est là, l’homme aussi. Elle prépare à manger, on dirait qu’ils vivent ensemble. On discute, elle me montre des photos de son mariage, son mari est actuellement en Normandie près de sa mère malade. Lui est toujours dans la séduction avec moi. Après le repas, il propose de me faire visiter la maison. On monte à l’étage, il me montre les chambres des enfants, la sienne. Il a trois enfants, comme moi. Puis il devient plus entreprenant, il change d’attitude, se fait plus pressant. Je ne suis pas vraiment consentante, tout va trop vite. Il est d’une dextérité et d’une rapidité incroyable et quelle force physique ! Je n’ai pas le temps de dire ouf, il me prend sur le lit, sans préservatif. Ensuite il veut me sodomiser, mais je refuse. Il m’explique que ça fait trop longtemps que je n’ai pas eu de rapport sexuel. Je lui retourne la question, il me répond la semaine dernière.

Je redescends, je suis estourbie et un peu sidérée. La jeune femme est au téléphone, une conversation en dialecte que je ne comprends pas. Je m’assois dans le salon. Il redescend comme si de rien n’était. Je décide de rentrer chez moi.

Le lendemain, j’ai la vulve enflée, je pense à une IST qu’un traitement local résorbera. Quelques semaines plus tard, je suis clouée par une forte fièvre accompagnée d’une candidose et d’un état grippal. Je me sens très mal et je décide de faire des analyses. Avant de récupérer mes résultats, je prends rendez-vous avec mon médecin traitant à qui j'ai demandé qu'on envoie les résultats. Je passe au laboratoire juste avant mon rendez-vous et je découvre seule les résultats dans ma voiture et ma séropositivité au VIH.

Je souhaite me faire suivre sur Rennes, j’ai fait toute ma carrière d’infirmière à Laval, je ne veux pas me faire soigner dans cette ville. J’appelle un de mes fils pour lui annoncer que j’ai le sida. J’aurais pu lui dire le VIH, mais j’ai dit sida. Il ne veut rien savoir, mais souhaite que j’informe ses frères au plus vite. Je suis très mal, parler m’est tout aussi insupportable. Je reçois trop d’informations d’un coup, je ne sais pas quoi faire. A l’hôpital de Rennes, où je suis hospitalisée, ils me trouvent stressée.

Je pense à cet homme qui m’a contaminée. Il m’a appelé quelques jours après notre rencontre laissant un message peu avenant sur mon répondeur parce que je ne répondais pas. Je lui ai envoyé un texto en lui disant qu’il m’avait sans doute refilé un microbe, alors que je n’avais pas encore les résultats de mes tests. Il m’a répondu : "Ça fait longtemps que tu n’as pas été secouée, si tu avais passé la nuit avec moi, il aurait fallu appeler le Samu". D’autres textos ont suivi mais la carte mère de mon téléphone m’a lâchée, je n’ai plus trace de rien. Est-ce qu’il sait ou non qu’il est séropositif ? Est-ce qu’il continue à contaminer ?

Je reste quelques jours hospitalisée à Rennes, c’est le médecin du service qui l’a annoncé à mes deux autres fils. J’ai élevé seule mes trois fils ; pendant 20 ans je n’ai pas eu de vie affective ni sexuelle, je n’ai été que mère pendant toutes ces années. Aujourd’hui mes fils sont peu présents. Ils sont adultes, ils vivent leur vie… et c’est tant mieux.

Après l’hospitalisation, je ne veux pas rentrer chez moi, je cherche un centre pour personnes vivant avec le VIH pour m’accueillir. Je ne trouve rien, l’hôpital me propose un séjour en service psychiatrique. Je ne sais pas quoi dire. J’ai trouvé ma grand-mère pendue chez elle à l’âge de huit ans. Par la suite ma mère a été hospitalisée dans le service de psychiatrie où je travaillais. Les premières personnes qui m’ont aimée et qui se sont occupées de moi ont été des cas psychiatriques. Je n’ai pas été protégée comme j’aurais dû quand j’étais enfant. J’accepte avec douleur le séjour en psychiatrie, mais je refuse tout psychotrope. Je passe mon été à lire et à marcher dans Rennes. Un soignant me demandera si je n’ai pas été un peu naïve dans toute cette histoire. Je suis estomaquée par la question. Non, je n’ai pas été naïve, j’ai juste été au mauvais endroit au mauvais moment, à l’orée de mes 60 ans.

Aujourd’hui, je préfère porter l’amour plutôt que la haine. J’ai envie de garder ma sensibilité. Ça m’est arrivé, ce n’est pas de pot. Voilà tout.

Propos recueillis par Sophie Fernandez

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Commentaires

Portrait de Florennt

et franchement s'il était au courant de sa séropositivité c'est un gros conn*** pfff j'ai la haine ! Courage ma petite dame

Portrait de Maracuja

*** Un propos a été modéré *** C'est sur il en a contaminé d'autres!!! Je pense avoir été contaminé dans les mêmes circontances

Merci pour ton témoignage et Bon courage en tout cas, tu as évidement raison de positivé et de porter l'amour plutôt que la haine!

Portrait de Exit

Franchement on a tous été infecté de la même manière, et à quoi bon penser comme Florent ? 

Moi perso, celui qui m'a transmis le VIH, je n'ai aucune haine envers lui, on était deux adultes responsables, il ne m'a pas obliger à faire l'amour sans préservatif, ce n'est pas à lui que j'en veux, même pas à moi, j'en veux peut être aux humains d'avoir crééer ce virus et de l'avoir laissé se propager.

J'ai du mal à comprendre les gens qui après une relation consentie, vont porter plainte lorsqu'ils sont infectés du VIH alors qu'ils sont adultes, personne ne les a obligé à faire l'amour sans préservatif, j'ai encore plus de mal à comprendre les lois de notre brave pays qui continuent à punir les porteurs du VIH, comme si ils étaient responsables de quelque chose ! On est deux à faire l'amour, généralement deux adultes qui savent très bien les conséquences qu'engendre une IST.

Il y a quelques mois en arrière, je m'étais dis, que je me sentirais mal de transmettre le virus à mon partenaire, mais maintenant, pas tant que ça, je ne peux pas être le seul responsable, et par ailleurs on ne meurt plus du VIH, donc de quoi serais-je responsable ? 

Portrait de trente1

Je suis triste par ce que je viens de lire

il y a certainement un moyen de mettre la main sur cet homme, mon souhait c'est qu' il soit condamné ( meme si cela ne me derangerait pas) mais SURTOUT au moins proteger de futurs victimes. Cela dit le plus important reste votre situation et surtout votre santé mentale. J'espere que vous etes entourée de personnes compréhensibles.

je souhaite que Dieu , l'univers vous donne votre part de chance.