Drogues : le rapport parallèle d’IDPC ouvre les débats

Publié par jfl-seronet le 14.11.2018
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Produitspolitique des drogues

IDPC (Consortium international sur les politiques des drogues) (1) a publié (22 octobre) le rapport de bilan parallèle de la société civile sur les dix dernières années de politiques des drogues. Ce rapport « évalue l’impact des politiques en matière de drogues mises en œuvre dans le monde au cours de la dernière décennie, à l’aide de données des Nations Unies (ONU), et de celles de la recherche académique examinée par des pairs, de même que des rapports de la société civile. L'IDPC entend ainsi « contribuer de manière constructive aux discussions de haut niveau sur la politique à venir en matière de drogues dans le monde ». La prochaine grande échéance sera les 14 et 15 mars prochains à Vienne où sera dressé un bilan de l’Ungass 2009 (2) et où seront définies les orientations pour les dix prochaines années.

Cette contribution pointe les échecs de la politique onusienne dont l'objectif était d'éradiquer la drogue d'ici 2019 (déclaration UNGASS 2009).

Quelles sont les conclusions de ce rapport ? « Les données du rapport parallèle mon­trent que les objectifs et les engagements pris dans la Déclaration politique et le plan d’action de 2009 n’ont pas été atteints et ont souvent abouti à des politiques con­tre-productives ». De plus, « le rapport parallèle souligne le besoin ur­gent de mener des recherches et des évaluations plus complètes et plus équilibrées sur les effets des politiques en matière de drogues dans le monde, en tenant compte des données gouvernementales, mais également des recherches universitaires et des conclusions de la société civile ». Enfin, le « rapport parallèle conclut que les États membres devraient définir des objectifs plus pertinents concernant les politiques en matière de drogues, conformément au Programme de développement durable à l’horizon 2030, au document final de l’Ungass et aux engagements interna­tionaux en matière de droits humains ». Voilà pour les conclusions générales, assorties de données assez édifiantes. Le rapport parallèle d’IDPC note une augmentation de 145 % des décès liés à la consommation de drogues depuis dix ans, pour atteindre 450 000 décès lors de l’année 2015 ». « Au moins 3 940 personnes ont été exécutées pour un délit lié à la drogue au cours des dix dernières années, alors que la peine de mort reste permise dans 33 juridictions pour délits de drogues, en violation aux standards internationaux de droits humains », indique le document. Par ailleurs, 27 000 exécutions extrajudiciaires résultant de la guerre contre la drogue ont été perpétrées aux Philippines, tandis que les États-Unis recensaient plus de 71 000 décès par overdose en 2017. De plus, IDPC dénonce une « épidémie mondiale de la douleur, causée par des restrictions d’accès aux médicaments contrôlés ; laissant 75 % de la population mondiale sans accès à un traitement antidouleur ». Autre donnée, celle qui indique que perdure une incarcération de masse causée par la criminalisation des personnes usagères de drogues ; ainsi, une personne sur cinq est actuellement incarcérée pour délit de drogue, principalement pour possession pour usage personnel.

En vue des discussions en 2019, le réseau de l’IDPC émet les recommandations suivantes :
- La communauté internationale devrait adopter des objectifs plus judicieux, conformément au Programme de développement durable à l'horizon 2030, au document final de l'Ungass et aux engagements internationaux en matière de droits humains, et s'éloigner des objectifs visant à éliminer le marché des drogues ;
- Après 2019, les États membres devraient réfléchir sérieusement aux conséquences du contrôle des drogues sur les objectifs de l'ONU en matière de promotion de la santé, des droits humains, du développement, de la paix et de la sécurité, pour adopter des politiques et des stratégies en matière de drogues qui puissent contribuer activement à l'avancement du Programme de développement durable à l'horizon 2030, en particulier pour les plus marginalisés et les plus vulnérables ;
- Les débats internationaux sur la politique en matière de drogue devraient, à l’avenir, refléter les réalités — à la fois positives et négatives — des politiques des drogues sur le terrain, et débattre de manière constructive des tensions qui en résultent avec les traités des Nations Unies sur le contrôle des drogues et de toute préoccupation liée aux droits humains associée aux efforts de contrôle des drogues ;
- Au-delà de 2019, les États membres de l’ONU devraient mettre fin aux approches punitives de contrôle des drogues et donner la priorité aux personnes et aux communautés. Cela devrait comprendre la promotion et la facilitation de la participation de la société civile et des communautés directement affectées dans tous les aspects de la conception, de la mise en œuvre, de l'évaluation et du suivi des politiques en matière de drogues.

(1) : Consortium international sur les politiques en matière de drogues est un réseau mondial de plus de 170 ONG qui encouragent un débat objectif et ouvert sur les politiques en matière de drogues aux niveaux national, régional et international.
(2) : United nations general assembly special session, soit une session extraordinaire des Nations Unies sur un thème précis, en l’occurrence : le contrôle de l’offre et de la demande de drogues dans le monde.