"Les personnes les plus exposées au VIH sont intéressées par une offre de prévention nouvelle"

Publié par Mathieu Brancourt le 25.07.2014
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InterviewTruvadaPrEPipergay

Alors qu’Ipergay livre ses premières constatations sur l’efficacité du traitement comme prévention, retour sur cette recherche inédite, alliant chercheurs et associations. Jean-Marie Le Gall, responsable de la mission Innovation recherche à AIDES, revient sur les enjeux actuels et futurs d’une proposition de PrEP auprès des gays.

Quelle est la place et l'apport de la dimension communautaire dans la conception et la mise en place de l'essai Ipergay ?

Jean-Marie Le Gall : L'essai Ipergay innove dans le paysage de la recherche française sur le VIH. C'est le premier essai français portant sur une stratégie de prévention de la contamination chez des personnes séronégatives. Mais c'est aussi le premier essai thérapeutique qui est construit sur le modèle de la recherche communautaire (en partenariat avec des associations de malades, ndlr), modèle promu par AIDES au niveau de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites depuis plusieurs années. Cela s'est traduit dès 2009, lors de la conception de l'essai, par une implication forte de AIDES et du TRT-5 (Collectif interassociatif sur la recherche et la thérapeutique) sur la définition des objectifs de l'essai et la meilleure manière d'implanter cette offre auprès des personnes les plus exposées au VIH. Par ailleurs, nous avons cherché à impliquer plus largement la communauté LGBT en élargissant le cercle des personnes mobilisées sur le soutien à l'essai au delà des militants "historiques" de la lutte contre le sida. Un comité associatif réunissant des associations LGBT est associé à la réflexion sur la meilleure façon de conduire cet essai.

Pourquoi était-il important qu'un acteur de santé communautaire s'investisse dans une étude sur la PrEP intermittente à destination des gays ?

Notre engagement pour et dans l'essai est important à plusieurs titres. En premier lieu, il témoigne de notre volonté de trouver de nouveaux moyens de réduire les transmissions du VIH et de contribuer à l'arrêt de cette épidémie. Il s'agit là d'un des objectifs politiques de AIDES depuis 30 ans, nous ne pouvions pas ne pas en être ! En deuxième lieu, nous apportons notre savoir-faire et notre expérience des actions de prévention au quotidien auprès des HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes), dans les lieux de vie et dans les communautés. Ce savoir-faire, nous le partageons avec les autres partenaires de l'essai, notamment le monde médical qui "découvre" le champ de la prévention. Enfin, et nous pensons que cela a joué dans la réussite de l'essai jusqu'à aujourd'hui, cela nous a permis de faire valoir l'importance d'associer les participants de l'essai à l'amélioration de l'offre de prévention dans l’étude elle-même. Des groupes de participants se réunissent régulièrement pour échanger entre eux sur la manière dont ils vivent leur participation, sur l'impact de l'essai sur leur prévention du VIH et des IST et aussi pour suggérer des améliorations dans l'organisation des services offerts.

Quels enseignements tirez-vous des premiers résultats présentés lors de la conférence de Melbourne ?

L'enseignement essentiel, c'est que ces hommes qui font partie du groupe de personnes les plus exposées au VIH sont très intéressés à se saisir d'une offre de prévention nouvelle et qui leur correspond mieux que le seul usage du préservatif. L'observance de la proposition de traitement mesurée dans l'essai en témoigne, il ne s'agit pas de personnes qui ne veulent pas de prévention (contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit par certains), mais de personnes qui ne trouvaient pas d'offre de prévention adaptée à leurs besoins.

La proposition d'un counselling (accompagnement et soutien régulier) élargi avec une prévention globale du risque de transmission auprès de ce public peut-elle se poursuivre en dehors de l'essai ?

Il nous faut d'abord mesurer l'efficacité de cette offre de prévention globale en termes d'effet préventif de l'acquisition du VIH et des IST. Cela ne sera connu qu'à la fin de l'essai, début 2017. Mais cette offre de prévention globale expérimentée a été pensée pour pouvoir être reproduite en dehors des conditions de l'essai. Nous pensons qu'elle pourrait être un "bon modèle" pour une offre en santé sexuelle à étendre en ville, en milieu associatif ou à l’hôpital. Ce modèle repose sur deux piliers, une offre médicalisée "tout en un" sur un même lieu et un accompagnement non médical dans la durée pour apprivoiser, apprendre à utiliser au mieux, cette offre de prévention combinée dans la réalité de vie de chacun. C'est presque un nouveau métier d'accompagnement en santé qui s'ébauche.

Comment AIDES compte-t-elle plaider pour l’accès élargi à la PrEP ?

Depuis trois ans, AIDES réfléchit et commence à proposer une offre en santé sexuelle aux communautés les plus exposées (HSH, communautés issues de la migration sub-saharienne etc.), qui associe notre offre de dépistage rapide non médicalisé (TROD) à un accompagnement vers d'autres ressources en santé sexuelle (proctologue, vénérologue, gynécologue, etc.). Un nouvel outil comme la PrEP, mais aussi le traitement d'urgence post-exposition (TPE) trouveront leur place dans cette offre globale, avec la participation de nos partenaires médicaux et associatifs de terrain. Pour rendre cela possible nous avons demandé à Marisol Touraine de prévoir un cadre juridique pour cette offre en santé sexuelle dans la future loi de Santé et nous avons aussi demandé que l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) autorise l'usage de la PrEP (en prise continue) en France pour les personnes qui en ont le plus besoin.

Commentaires

Portrait de Did94

c'est Scandaleux!!!!!

Vous feriez MIEUX de NOUS demander notre avis, nous qui en avons pris pendant de Nombreuses années, et qui avons des problèmes avec nos reins!!!

Stop: Les séronégatifs ne seront pas soignés pour le VIH, mais pour de Graves Problèmes

rénaux: Le Pied!!!!

La connerie Humaine n' a pas de Prix!!!!

Amicalement.

Un séropositif qui a avalé des centaines et des centaines de cachetons de TRUVADA!!!!!

Portrait de bernardescudier

 

L usage du Truvada peut etre utile. C est evident que c est un outil de prevention comme un autre.

L usage du Truvada pose aussi la question de la banalisation du Vih. Alors que  les contaminations ne cessent de progresser, il semblerait que le risque est de faire croire que tout est sous controle grace a un medicament en pre et post esposition. 

Ni le virus, ni l usage du preservatif ne peuvent etre banalises.

Encore et encore, la question est la conscience de ses actes dans la recherche du plaisir. Tout en sachant que le Truvada est un outil chimique comme tout medicament, applicable en pre et post exposition ...

Amicalement a tous, Bernard Escudier

Portrait de Obsédé sexuel

Je suis un des cobayes (séronégatif à ce jour) de cet essai et j'en suis très satisfait.


En effet pour un ensemble de raisons, j'ai de plus en plus de rapports sans capote, c'est plus fort que ma volonté de ne pas être séroconverti au VIH  ou de contracter une MST.


Pour cette raison je suis entré dans l'essai IPERGAY qui m'offre un suivi bimensuel (en RDV discret le soir après ma journée de travail) de ma sérologie et des MST éventuellement contractées, en plus de 50% de chance de se voir administrer le vrai Truvada dont l'essai Iprex a démontré une petite efficacité contre la séroconversion au VIH.


Le jour où ma sexualité bare-back à partenaires multiples s'arrêtera, je sortirai alors de cet essai pour ne pas prendre le risque d'être victime sur le long terme des effets secondaires néfastes du vrai Truvada (dans l'hypothèse où je ne suis pas dans la bras placebo de l'essai !).


J'encourage TOUS les gais ayant au moins 2 rapports sans capote tous les six mois, volontairement ou dans "le feu de l'action", à entrer dans cet essai. 

Portrait de Cherche à comprendre

Depuis quand le TRUVADA  évite les Mst....

530€ la boite, les problèmes de santé futur....

Bon courage 

Portrait de Julien_O6

Bonjour,

j'ai aussi rejoint l'essai Ipergay mais pour des raisons un peu différentes de la plupart des participants (je m'épanouis mieux dans une relation exclusive qu'avec des partenaires multiples) et je n'en tire pas de gloire particulière, ni de honte d'ailleurs.

Tester ce médicament est peut être rassurant pour ceux qui pensent prendre la vraie molécule (et j'ai une chance sur deux de faire partie de ceux là donc de me sentir plus serein dans mes rapports sans capotes) mais maintenant que je ne suis plus en couple avec un homme séropositif ma motivation principale c'est d'ajouter une pierre à l'édifice pour lutter activement contre l'épidémie et donc aussi de faire reculer la stygmatisation des séropos, non seulement par ce que je considère être un acte de civisme (un peu comme pour les hétéros donner leur sang) mais aussi par la communiquation que je fais autour de moi à propos de cet essai (et même si cela peut sembler bien peu, la question n'est pas là).

Pour répondre à ce qui a été dit, je suis conscient des effets indésirables potentiels du Truvada et je surveille mon foie. Il va bien, merci, et au dernier test ELISA j'étais toujours séronégatif. Aussi, je suis contre l'avis de Bernard Escudier : ni le VIH, ni le Truvada ne sont des choses banales ni non plus en voie de banalisation, bien au contraire, et bien malheureusement à mon avis! J'aimerais voir venir plus vite ce jour où les gens sauront enfin que les séropos qui se soignent ne sont pas contaminants (pour leur plus grande part et dans la plupart des situations) et où l'usage du Truvada sera devenu aussi commun que la capote comme moyen de prévention supplémentaire dans une situation à risque.

Quand à la question du prix, il faut espérer qu'après que les résultats de l'étude aient été publiés la sécu se penche sur la question du coût de la maladie par rapport à celle de sa prévention et prennent les mesures adéquates.

L'OMS s'est déjà prononcé en faveur de la PrEP, le Truvada en prise discontinue est un élément clef dans la prévention et l'éradication de la maladie, ce médicament est déjà prescrit aux États Unis en prise continue à titre prophylactique, combien de temps faudra t'il à la vieille Europe et au reste du monde pour que cet usage soit proposé, rendu disponible, et compris par le grand public? 

De mon point de vue personnel Ipergay et le Truvada ne sont pas une menace comme certains veulent l'entendre, quelque chose qui risque de banaliser la maladie en donnant le faux sentiment qu'elle est sous contrôle, mais plutôt l'espoir formidable de trouver un moyen ciblé et efficace pour faire reculer l'épidémie.

Moi aussi j'encourage les gays à participer à Ipergay, et j'encourage aussi tous ceux qui ne souhaitent pas faire partie de l'essai à s'informer par eux mêmes sur ce que cette étude suppose et représente et à relayer l'information de la meilleure façon possible, en souhaitant qu'elle soit positive et constructive.

Bises.