Overdoses : les propositions de la Fédération Addiction

Publié par jfl-seronet le 10.08.2018
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L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) travaille à un plan de réduction des overdoses et des décès dus aux opiacés, rappelle "Le Quotidien du Médecin (5 juillet). Cela n’empêche pas la fédération Addiction de prendre des initiatives et de faire cinq propositions visant à assurer la plus grande accessibilité des traitements de substitution aux opiacés (TSO).

La Fédération Addiction regroupe les professionnels-les de quelque 200 associations et 500 adhérents hospitaliers et de ville. Elle prend position clairement en faveur de la primo-prescription de la méthadone en ville. Cette primo-prescription est actuellement restreinte aux établissements de santé. Cette proposition l’envisage évidemment pour les médecins généralistes qui auraient suivi une formation spécifique et dans le cadre d’une "liaison formalisée médecins généralistes, pharmaciens et dispositifs spécialisés en addictologie". Alors que le maniement complexe et le risque plus élevé de surdosage sont les arguments avancés par les opposants à l'ouverture, cette mesure "faciliterait l'implication des acteurs de la ville tout en garantissant le nécessaire accompagnement", argumente la Fédération Addiction.

Le seconde proposition concerne les Csapa (centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie). Pour le "Quotidien du Médecin", ils sont, ici, clairement "rappelés à l'ordre". Et la Fédération Addiction d’expliquer : "La réponse aux addiction mobilise trois secteurs professionnels, ville, hospitalier, médico-social et les acteurs de l’auto-support et de la santé communautaire. Chacun a sa spécificité et son utilité en termes de missions et de pratiques, leur complémentarité répondant à la diversification des publics. Il est donc important que chacun assure ses missions centrales et ses pratiques, avec l’objectif de mieux inclure dans l’accompagnement global la diversité des publics qui en relèvent." La fédération appelle les Csapa à réaffirmer leurs missions. Il s'agit pour ces centres spécialisés de "tenir leur rôle d'appui aux acteurs de premier recours, notamment pour les cas complexes", "d'assurer la mission de prescription, délivrance et de suivi des TSO, sans délais ni procédures inutiles sur l'ensemble du territoire", demandant ainsi de dépasser les "faux Csapa généralistes qui n'assurent pas la mission d'accès aux TSO", tout en assurant la fonction centrale de lieux de soins, détaille le quotidien médical.

La fédération Addiction demande un accès facilité à la Naloxone et aux dispositifs de réduction des risques pour les publics vulnérables. "L’accès à ce produit de santé [la naloxone, ndlr] efficace, peu risqué et aisé d’utilisation, doit être facilité pour les publics ciblés, injecteurs actifs (fréquentant notamment les Caarud) et usagers présentant une réduction de leur tolérance aux opioïdes suite à une période de sevrage : sorties de prison, d’hôpital, de Centres Thérapeutiques Résidentiels, contextes de consommation à risques (squats, contextes festifs). Les propositions d’analyse rapide et fiable des produits devraient aussi être systématisées".

"La délivrance de naloxone doit également s’élargir à l’environnement (amical, familial, etc.) des personnes usagères et aux acteurs de la sécurité publique qui sont souvent les primo-intervenants sur les scènes d’overdoses. Dans cette perspective, une réflexion sur une adaptation en France des "Good Samaritan laws" pourrait être intéressante pour faciliter l’appel des secours par d’autres usagers témoins d’une overdose et qui hésitent à le faire par peur d’être impliqués".

Les deux derniers points visent à réduire les intoxications pédiatriques, via un renforcement de l'information auprès des patients parents de jeunes enfants (stockage des médicaments, conduite à tenir en cas d'accident) et à élargir la palette des TSO disponibles, "y compris par voie injectable", est-il précisé dans le communiqué de la Fédération Addiction. Une meilleure adaptation aux habitudes de consommation permettrait de lutter contre les overdoses et les complications infectieuses.

"Une politique de prévention efficace des overdoses mortelles se fondera sur plusieurs leviers : former et fédérer l’ensemble des acteurs afin de mieux intégrer l’usage des MSO [médicaments de substitution aux opiacés, ndlr] dans une prise en charge globale et pluridisciplinaire, à même de garantir l’accessibilité et l’efficacité de ces traitements dans de bonnes conditions de sécurité ; renforcer l’auto-support et la santé communautaire, la réduction des risques, tout le monde ne voulant pas se "faire soigner" ou accéder aux "soins" au même moment et sur les mêmes modes ; diversifier et rendre accessibles des réponses à la souffrance psychique validées et non exclusivement médicamenteuses, quand douleurs physiques et douleurs morales interagissent dans une circularité morbide auto-amplificatrice", conclut la Fédération Addiction.