Salles de conso : une "opposition" frontale face au gouvernement

Publié par jfl-seronet le 21.08.2013
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4.2
 
Produitsdroguessalle de consommation supervisée

L’hostilité de l’UMP en matière de réduction des risques en matière d’usage de drogues est connue. Elle se manifeste avec une régularité de métronome sur la question des salles de consommation de drogues à moindres risques ou salles d’injection supervisée. Le 5 mars dernier, le député UMP des Yvelines Jean-Frédéric Poisson a adressé une question écrite à la ministre de la santé sur ce sujet. Marisol Touraine y a répondu le 16 juillet dernier. Voici leur échange qui montre le gouffre qui existe entre l’actuelle majorité et l’opposition sur cet enjeu de santé publique.

Dans sa question écrite, le député UMP attire l’attention de la ministre de la santé "sur la contradiction entre l'annonce récente de l'ouverture d'une salle de consommation de drogue à Paris et les dispositions de la loi française en matière de lutte contre la consommation et le trafic de stupéfiants". Pour le député, il y aurait contradiction entre ce projet et différents articles du code pénal ou de la santé publique.

"L'article 222-34 du code pénal interdit notamment l'organisation d'un groupement ayant pour objet l'emploi illicite de stupéfiants. L'article 222-37 du même code punit de dix ans d'emprisonnement et 7 500 000 euros d'amende le fait de faciliter, par quelque moyen que ce soit, l'usage illicite de stupéfiants. Enfin, l'article D. 3411-1 du code de la santé publique dispose que les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) assurent le sevrage et son accompagnement. Considérant que cette salle aura pour objet la consommation de stupéfiants et la facilitation de cette consommation, considérant que sa fonction première sera l'encadrement et non le sevrage des personnes en situation de dépendance, considérant que la ministre de la Santé ne saurait donner son aval à un projet contrevenant, par définition, à la loi", Jean-Frédéric Poisson demande à la ministre "comment elle compte concilier les interdictions actuellement en vigueur dans le code pénal concernant la consommation de produits stupéfiants, d'une part, et d'autre part l'installation de ces salles de shoot et leur fonctionnement".

La réponse de la Santé

Les services de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, répondent le 16 juillet dernier. "Les salles de consommation à moindre risque sont des espaces encadrés par des professionnels (personnel médical et infirmier, travailleurs sociaux) qui visent à lutter contre les risques infectieux liés à l'usage de drogues et à favoriser le contact entre les usagers et les professionnels de santé pour les aider à réduire progressivement leur consommation de drogues. Il faut rappeler qu'il existe aujourd'hui environ 81 000 usagers actifs (usage régulier) de drogues par voie intraveineuse, avec environ 100 décès par overdose par an. L'institut national de la santé et de la recherche médicale [Inserm, ndlr] a publié en 2010 une expertise collective apportant une synthèse des résultats obtenus à la suite de la mise en place de salles de consommation dans 8 pays étrangers : 92 salles de consommation à moindre risque étaient opérationnelles principalement aux Pays-Bas (45 salles), en Allemagne (25 salles), en Suisse (12 salles) et en Espagne (6 salles). Les données disponibles indiquent que les salles de consommation à moindre risque apportent aux usagers qui les fréquentent des conditions hygiéniques, la possibilité de recevoir des conseils et des instructions spécifiques, une diminution des comportements à risque et une réelle prévention d'overdoses mortelles. Il faut également souligner qu'il a été mis en évidence la réduction de l'usage de drogues en public et des nuisances associées, ce qui bénéficie à l'ensemble des concitoyens". Cela, c’est pour le rappel général du cadre et surtout ce que permet ce type de dispositif.

Du coup, le gouvernement rappelle qu’avec "le soutien des associations de patients et des professionnels de santé", il a "donné son feu vert pour expérimenter une salle de consommation à moindre risque à Paris". Il balaie d’un revers de main les arguments juridiques. "Cette décision ne saurait être présentée comme un encouragement à l'usage de la drogue ou comme le témoignage d'une quelconque tolérance à l'égard des trafiquants", avance le ministère des affaires Sociales et de la santé, qui indique que "la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT) et les services du ministère eux-mêmes "ont été chargés de la mise en place de cette expérimentation".

Commentaires

Portrait de frabro

L'UMP a raison sur un point : la réduction des risques et la Loi de 70 sont en opposition constante.

Il faut donc réformer la Loi de 70, en particulier en dépénalisant l'usage de drogue, ce qui remettra tout le monde d'accord...

Laughing

Bon, je sais, je rêve un peu là, les politiques n'ont pas ce courage, ni celui de légaliser le cannabis. Il faut attendre encore un peu, le temps que l'opinion publique y soit favorable et que ça ne nuise pas électoralement de prendre des positions en ce sens !

Portrait de frederic16

Patience.Le vote pour un oui va se faire(cannabis).AMITIE

Portrait de xdreux

frabro wrote:

L'UMP a raison sur un point : la réduction des risques et la Loi de 70 sont en opposition constante.

Il faut donc réformer la Loi de 70, en particulier en dépénalisant l'usage de drogue, ce qui remettra tout le monde d'accord...

Laughing

Bon, je sais, je rêve un peu là, les politiques n'ont pas ce courage, ni celui de légaliser le cannabis. Il faut attendre encore un peu, le temps que l'opinion publique y soit favorable et que ça ne nuise pas électoralement de prendre des positions en ce sens !

  Les deux articles cités ne sont pas sur la loie de 70, il me semble...

aprés la ministre joue sur les mots pour éviter d'avoir à revenir sur l'ensemble des textes... Qui sont déjà ceux qui posent soucis à la RDR (où comme on doit dire maintenant, la Reduction des Domages...