VIH : démarrer le traitement antirétroviral au plus tôt

Publié par jfl-seronet le 17.05.2015
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Thérapeutiqueinitiation traitementARV

Une étude confirme l’intérêt de démarrer le plus tôt possible une multithérapie après une contamination par le VIH. Plus ce délai est court, plus le réservoir viral est faible à court, à moyen et à long terme, ce qui engage un "meilleur pronostic pour le patient". C’est ce qu’explique l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) dans un communiqué publié fin mars 2015.

Les médecins le disent et le répètent, plus un traitement antirétroviral contre l’infection par le VIH est précoce, plus il est bénéfique, rappelle l’Inserm, qui considère en apporter une "nouvelle preuve" avec les résultats d’une étude menée chez 327 personnes de la cohorte ANRS CO6 Primo (1). Les auteurs viennent de confirmer que plus la mise en œuvre du traitement est rapide après l’infection, y compris dans la fenêtre de trois mois suivant la primo-infection, plus le réservoir viral mesuré dans les CD4 est faible, à court, moyen et long terme.

Calculer la date d’initiation du traitement

"La multithérapie antirétrovirale empêche efficacement la réplication du virus, mais elle ne permet pas de déloger le virus des cellules hôtes du système immunitaire. En effet, le VIH persiste dans l’organisme, intégré dans l’ADN de certaines cellules. Il peut se maintenir ainsi sous forme latente pendant des années, notamment dans les lymphocytes T CD4, puis se remettre à proliférer, par exemple lors d’une interruption de traitement", rappelle le docteur Laurence Meyer, co-auteure de ces travaux, dans le communiqué de l’Inserm. Et la chercheuse de préciser : "La taille de ce réservoir viral est corrélée au risque de complications et au pronostic de la maladie : il est donc important de la réduire au minimum".

Pour évaluer l’impact de la précocité d’une multithérapie sur la taille de ces réservoirs, les chercheurs ont calculé le délai de mise en œuvre du traitement chez des personnes incluses dans la cohorte ANRS-Primo. Pour ce faire, ils ont estimé la date de l’infection par rapport au moment d’apparition des premiers symptômes (en général des signes cliniques qui ressemblent à ceux d’une grippe), ou par rapport aux résultats des tests de confirmation de l’infection chez les personnes qui n’ont pas de symptômes. Ils ont ainsi identifié les personnes mises sous trithérapie 15 jours après l’infection, un mois après, un mois et demi après, deux mois après et enfin trois mois après.

Des réservoirs sensibles à la précocité du traitement

La quantité de réservoir viral présent dans l’organisme de ces personnes a été régulièrement évaluée pendant toute la durée de leur traitement (soit une durée jusqu’à plus de 16 ans pour certaines personnes, puisque la cohorte suit les gens sur la durée). Les chercheurs ont mesuré leur taux de cellules hébergeant le VIH à partir d’échantillons sanguins. Puis ils ont fait des rapprochements (les chercheurs parlent de corrélation) entre les résultats selon le délai d’initiation du traitement. En confrontant ces données au délai de mise en œuvre du traitement, les chercheurs ont obtenu un "résultat sans équivoque". "Le réservoir viral décroit d’autant plus vite au cours des premiers mois de traitement que celui-ci a été démarré tôt après la contamination. De plus, il reste ensuite d’autant plus bas — tant que le traitement est poursuivi", indique l’Inserm.

"Ce résultat est très important. Plus le réservoir est faible, et plus nous pouvons nous attendre à une moindre inflammation systémique [qui affecte l’ensemble de l’organisme, ndlr] et à des risques de complications plus faibles. C’est ce que nous sommes en train de vérifier", précise Laurence Meyer. Par ailleurs, comme d’autres chercheurs le font également, ceux de l’Inserm explorent, "dans des cadres expérimentaux très précis", la possibilité de réduire par la suite le traitement, voire de l’interrompre, chez certains patients présentant des marqueurs très favorables (taux de CD4 très élevé, durée de traitement longue ou encore de réservoir faible), explique l’institut de recherche. Dans le communiqué Laurence Meyer joue la prudence : "Pas d’interruption de traitement en dehors d’essais cliniques très cadrés, sous peine de réactivation de la maladie". Les résultats de cette étude fournissent des "arguments supplémentaires pour un diagnostic de l’infection le plus précoce possible après la contamination et une prise en charge thérapeutique très rapide".

(1) : La cohorte Primo de l’ANRS est une des plus grandes cohortes au monde de personnes infectées par le VIH depuis moins de trois mois (primo-infection) lors de leur inclusion.

Commentaires

Portrait de Parisien75

Malgré toutes ces preuves je ne comprends toujours pas les séropositifs ou pire les médecins qui aujourd'hui sont toujours avec la limite des 500 CD4 dans la tête !! Un réservoir faible c'est peu d'inflammation et peu de problemes à long terme que ce soit cardiovasculaire articulaire et j'en passe. Au moment de l'annonce j'ai fait confiance a mon médecin qui m'a mis sous traitement 8 semaines après la contamination (à peu près) j'ai trouvé ça rapide je n'étais pas sur mais j'ai fait confiance aujourd'hui je ne regrette pas ce choix quand je lis ce genre d'articles de recherche je sais que c'était le meilleur choix !

Portrait de basique

du moment de la primo-infection, en été 2008.  j'étais pas sur, anxieux, j'ai attendu 6 mois pour le dépistage et prendre RDV avec un médecin. Par tranquilité j'ai demandé à être mis sous ARV. Pas la peine me disait-on attendons .. (le seuil en 2008 c'etait plutot 350 CD4, moi j'étais à 500).

Finalement c'est à l'été 11 mois après la séroconversion que j'ai été mis sous ARV..

si j'avais su j'aurai demandé plus tôt, mais je trouve qu'en 2008 avoir été mis sous ARV en 11 mois, c'était déjà pas mal... et c'est vrai que jusqu'a présent (je touche du bois), j'ai eu ni rebond, ni blip, et toujours CV=0. probablement si j'avais attendu comme c'était un peu de mise 2, voire 3 ans.. peut-être aurais-je moins bien réussi.. Je ne sais pas..

Enfin je pense à tous ceux qui ont été contaminé il y a longtemps, et à qui on expliquait qu'il ne fallait pas se presser... Comme quoi les recommandations de bonnes pratiques médicales changent....

Même si le vaccin ne vient pas depuis ce temps, les choses ont quand même évolué.. et continuent...En 6 ans j'ai vécu le fait majeur de stabiliser cette maladie avec les ARV, et de ne plus me sentir pestiféré ou simplement contaminant..

Portrait de MonaRita

J'ai commencé mon 1er traitement 5 ans après l'annonce, à l'époque (90'), ils ne se fiaient qu'aux CD4 avec un seuil à 350 si j'ai bonne mémoire... Donc malgré ma CV assez importante, mon infectio de l'époque a attendu le seuil critique des CD4 pour la mise en route des ARV. J'ai été sous bithérapie pendant des années, les CD4/CD8 ont bien remonté, mais j'avais continuellement une charge virale au delà des 60 copies de référence. Résultat : "résistances" ! (mais ça, je ne l'ai appris que bien plus tard). J'ai changé de région, d'infectio, c'était l'époque tendance des "fenêtres thérapeutiques", alors dans les années 2000, j'en ai fait une de 4 ans (sous contrôle évidemment). Là idem, on se souciait encore davantage des CD4 que de la CV... et moi, confiante, je me disais bêtement que ça allait soulager mon corps de toute cette chimie, relancer mon immunité endormie... Bref, l'infectiologue a décidé de ma remise sous TTT quand mes CD4 sont descendus à 250 ! Pendant des années, on s'est davantage soucié des effets potentiellement toxiques des traitements, sans même penser aux ravages que le virus lui-même pouvait continuer de faire (et notamment dans ces fameux "réservoirs"). Aujourd'hui, donc, les miens sont pleins (et depuis un moment déjà), puisque je suis envahie d'inflammations CHRONIQUES (et qui dit chroniques, veut dire aussi IRREVERSIBLES). C'est comme ça (entre autres) que l'on développe plus de cancers que les lambdas (S-) ! Le VIH continue de nous détruire sournoisement (lentement mais sûrement) à plusieurs niveaux, faut pas se leurrer. Certains traitements semblent plus performants que d'autres pour atteindre certaines zones "sanctuaires" ou "réservoirs", mais c'est évidemment pas du 100 % (le jour où les traitements pourront erradiquer le VIH dans tout l'organisme, là, on pourra crier victoire, ce sera fini, et on en guérira enfin !!!). Mais c'est pas demain la veille je crois... Voilà, moi aussi j'ai fait confiance en chacun des temps, recommandations, et j'ai perdu. Alors la faute à qui ? à pas de chance ! C'était mon jeu (ma pôv "Lucette").

Portrait de basique

Je partage ton avis monarita, sur l,inflammation rampante, et ses consequences. Cette inflammation vient du virus et de la place qu il occupe, notamment dans les reservoirs..