VIH : Les cellules réservoirs au cœur du cure

Thérapeutique Publié par jfl-seronet 2065 lectures
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La question des réservoirs et de la guérison virologique représentent les pistes de recherche parmi les plus importantes dans le combat thérapeutique contre le VIH depuis 1996. Il y a un consensus dans la communauté scientifique sur le fait que la guérison du VIH passera par le ciblage et la destruction des cellules réservoirs. Ces cellules sont celles qui abritent le virus dans l’organisme d’une personne même lorsqu’elle prend un traitement anti-VIH efficace et qu’elle a une charge virale indétectable. Le 14 mars dernier, plusieurs organismes de recherche français (1) ont publié un communiqué annonçant la découverte d’un marqueur des réservoirs du VIH : une découverte qui constitue donc une nouvelle piste pour éliminer le virus.

De quoi s’agit-il ?

Une équipe de chercheurs français a réussi à mettre en évidence un marqueur spécifique qui permet de différencier les cellules dormantes (cellules quiescentes ou latentes) infectées par le VIH, des cellules saines. Ce nouveau marqueur permettra d’isoler et d’analyser ces cellules réservoirs qui, alors qu’elles hébergent silencieusement le virus, sont responsables de la persistance du virus chez des personnes sous traitements ayant une charge virale indétectable. Comme l’expliquent les chercheurs, le VIH peut se cacher dans des réservoirs pendant plusieurs dizaines d’années. Il échappe à la réponse immunitaire ainsi qu’aux traitements anti-VIH. Il "dort" dans des cellules, ne se manifeste que sporadiquement, et reste présent très longtemps. Mais si les traitements sont arrêtés, à l'occasion d'un réveil de ces cellules réservoirs, le virus se multipliera alors de nouveau massivement. C’est la raison pour laquelle les personnes vivant avec le VIH sont contraintes de prendre un traitement anti-VIH à vie. Les chercheurs ont compris au milieu des années 90 que la guérison serait possible en coordonnant plusieurs actions : on vide les réservoirs cellulaires et on s’assure d’une bonne pénétration des antirétroviraux dans tous les compartiments anatomiques notamment ceux où les traitements peinent à se rendre (cerveau, muqueuse intestinale…) pour qu’ils ne contribuent plus, eux aussi, à alimenter des réservoirs cellulaires. La stratégie cure (guérison) repose sur plusieurs piliers : purge des réservoirs infectés, pénétration des ARV dans les compartiments, immunité acquise...

Les réservoirs : comment faire ?

Différentes stratégies ont été explorées. Par exemple, on traite dès la primo-infection pour éviter la constitution des réservoirs ou, du moins, en limiter la taille. On traite massivement pour essayer d’atteindre tous les réservoirs. Les réservoirs sont constitués de CD4 (lymphocytes T CD4) infectés où le virus est latent, présents dans le sang et des tissus (intestin, foie, poumons, cerveau, appareils génitaux…). Une stratégie est celle du "shock and kill". Cela consiste à stimuler la réplication du virus latent dans les cellules réservoirs (le "shock"). Ces cellules réservoirs sont alors visibles par le système immunitaire qui peut faire son boulot et par les antirétroviraux qui font le leur… Ces cellules infectées sont alors détruites par cette action conjuguée (le "kill"). Autrement dit, on réveille les cellules réservoirs dormantes. On les fait sortir du bois et on les détruit. Cette stratégie n’est, à ce jour, pas suffisante pour purger définitivement  les réservoirs avec les molécules essayées jusqu’ici pour "réveiller" le virus.

Une nouvelle stratégie ?

Cette nouvelle piste essaie une autre tactique. Cette fois, on ne réveille pas les cellules réservoirs. On cherche à les repérer. Il s’agit donc de distinguer les cellules réservoirs, celles qui sont infectées par le VIH, des autres cellules saines. Ce n’est pas facile parce qu’elles sont très ressemblantes. C’est là que la découverte des chercheurs est importante. Ils ont identifié un marqueur, un élément qui permet de distinguer les unes des autres ; en l’occurrence une protéine, "CD32a", présente uniquement à la surface des cellules infectées. Les chercheurs ont pensé que le VIH pouvait sans doute laisser une trace de son passage lorsqu’il infectait une cellule, une marque distinctive. Et ils l’ont trouvée.

Quelle est la suite ?

Cette découverte est une bonne nouvelle. Elle a deux conséquences : l’une immédiate, une seconde à plus long terme. Elle permet une meilleure connaissance fondamentale de ce que sont les réservoirs viraux. Ces derniers peuvent désormais être isolés facilement et analysés directement, expliquent les chercheurs. A plus long terme, cette capacité à différencier les cellules réservoirs des cellules saines permettra de déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer de l’organisme le virus latent. Autrement dit, il faut trouver les armes à utiliser maintenant qu’on sait identifier directement les cibles. C’est cela qui sera réalisé dans les prochaines années. Ce n’est donc pas pour tout de suite.

Remerciements à Franck Barbier et Vincent Leclercq

(1) : CNRS, Inserm, AP-HP, Université de Montpellier, Institut pasteur et agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales.
● Cette découverte a donné lieu à une publication dans la célèbre revue scientifique "Nature" (15 mars 2017) : "CD32a is a marker of CD4 T cell HIV reservoir harboring replication-competent provirus. Benjamin Descours, Gaël  Petitjean,  José-Luis  López-Zaragoza, Timothée Bruel, Raoul Raffel, Christina Psomas, Jacques Reynes, Christine Lacabaratz, Yves Levy, Olivier Schwartz, Jean Daniel Lelievre & Monsef Benkirane. Nature, 15 mars 2017. DOI : 10.1038/nature21710".
● Si vous voulez en savoir plus sur la guérison (cure), vous pouvez consulter le site de IAS society.

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Commentaires

Portrait de Khammi

Bravo la science

Portrait de Giancarlo

"Ils ont identifié un marqueur, un élément qui permet de distinguer les unes des autres ; en l’occurrence une protéine, "CD32a", présente uniquement à la surface des cellules infectées."

Cette protéine est présente presque uniquement à la surface des cellules infectées. Mais elle n'est pas présente sur toutes les cellules infectées, seulement sur environ la moitié d'entre elles, d'après l'étude.

C'est déjà un excellent résultat, mais pour éradiquer les réservoirs il faudrait déjà un marqueur (ou un ensemble de marqueurs) capable d'identifier toutes les cellules infectées, pas juste la moitié. Et ensuite, il faudrait trouver un moyen de détuire ces cellules. Une fois qu'on aura ça, le tour sera joué, mais combien de temps cela va-t-il prendre... ?

D'où l'intérêt de soutenir la recherche publique... A ne pas oublier lorsque vous voterez bientôt.

Voir une analyse des programmes des candidats à la présidentielle sur la recherche :

https://blogs.mediapart.fr/baptiste-libe-philippot/blog/180317/la-recher...