PMA : un débat « apaisé », vraiment ?

Publié par jfl-seronet le 28.09.2018
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Droit et socialPMA

Le 25 septembre, le Comité consultatif national d’éthique a publié son avis sur la révision de la bioéthique. Cette dernière devrait comporter l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Le débat est lancé depuis des mois et les opposants-es donnent de la voix. Seronet fait le point.

PMA et GPA : L’Église fait toujours l’amalgame

Invité de RTL, interviewé par Elizabeth Martichoux (24 septembre), l’archevêque de Paris Michel Aupetit a, une fois encore, fait l’amalgame entre la PMA et la GPA ; dans la droite ligne du récent avis de la Conférence des évêques de France (21 septembre). « Je ne veux pas juger des intentions [du gouvernement, ndlr], je dis simplement ce qui va se passer : on aboutira nécessairement à la GPA, il y a une chosification de l'embryon », croit savoir Michel Aupetit, ancien médecin. Selon lui, « c'est comme ça que ça se passe. » « Le Mariage pour tous ne devait pas aboutir à la PMA [ce qui est faut, la première version du texte le prévoyait d’ailleurs, ndlr], on voit qu'on arrive à la PMA pour les femmes seules ou en couple, on arrivera très vite à la GPA au nom de l’égalité », poursuit-il.

Le professeur René Frydman défend l’accès à la PMA

Pionnier de la procréation médicalement assistée en France, le professeur René Frydman a défendu l’idée, sur Europe 1, que l'élargissement de la PMA, correspondant aux évolutions de la société, et n'est pas synonyme de « droit à l'enfant ». « La liberté des hommes et des femmes, à condition qu'elle n'empiète pas sur autrui, à condition qu'on ne commercialise pas les produits du corps humain ou le corps humain » lui-même. Tel doit être le principe directeur de l'élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA), selon lui. C’est le point de vue qu’il a développé dans l’émission C'est arrivé demain, dimanche 23 septembre sur Europe 1. Dans son interview, René Frydman a souligné que beaucoup de femmes françaises se rendent pour l'instant dans d'autres pays européens, notamment en Belgique, pour y avoir recours à la PMA, avant de rentrer en France pour le suivi de leur grossesse. « Je pense que l'on peut regarder cette demande, l'encadrer et éviter ce tourisme médical à condition qu'il y ait un véritable accompagnement », affirme-t-il. « Il ne s'agit pas de répondre à toutes les demandes. L'expérience des médecins belges montre qu'ils (...) n'acceptent pas toutes les demandes parce qu'ils estiment que les conditions sociales, psychologiques, physiques ne permettent pas forcément d'y répondre », poursuit le professeur, par ailleurs opposé à la GPA.

Marine Le Pen contre toute extension de l'accès à la PMA

Ce ne sera une surprise pour personne, mais Marine Le Pen (Rassemblement national) a expliqué le 23 septembre lors du « Grand Rendez-vous » Europe1-CNews-Les Échos dont elle était l’invitée, qu’elle était opposée à toute extension de l'accès à la PMA. « Nous considérons que la PMA doit être réservée aux couples qui ont des problèmes d'infertilité et à ceux qui risquent de transmettre à leurs enfants des maladies graves ». Et la responsable d’extrême droite d’ajouter : « Un enfant peut être privé de son père ou de sa mère par un accident de la vie et c'est malheureux. Mais organiser et soutenir, pour un État, la mise en œuvre de la privation pour un enfant de l'un de ses deux parents, ne m'apparaît pas être une bonne solution. »

Agnès Buzyn veut un « débat apaisé »

On commence à comprendre au gouvernement, que, concernant la PMA, les débats ne vont pas être de tout repos. « Je n'ai pas envie d'en faire un débat dans la rue », a déclaré la ministre de la santé Agnès Buzyn lors de l’émission politique sur france info et France inter (24 septembre). Agnès Buzyn croît toujours qu’il sera possible d’avoir un « débat apaisé » entre les parlementaires. Rien n’est moins sûr, car chez Les Républicains on a bien intégré les éléments de discours de la Manif pour tous. « Je demande qu'on se respecte. Je pense qu'on est capable de travailler ces sujets avec respect et c'est comme ça que je vais mener les débats dans l’hémicycle », a plaidé la ministre. Elle a aussi développé un argument concernant la référence au père, le mantra de la Manif pour tous. « Comme on a le droit d'adopter un enfant à sa naissance sans père ou sans mère, je ne vois pas pourquoi cette référence au père n'est pas nécessaire pour l'adoption et serait nécessaire pour la PMA. Soyons logiques ! ». Pas certain que cet argument porte à la Manif pour tous.

Les Républicains contre l’ouverture de la PMA

Du côté des Républicains, on sort d’ores et déjà l’artillerie lourde. « C'est la marchandisation des gamètes », explique ainsi Laurence Sailliet, une des porte-paroles des Républicains, rapporte RTL. Alors que l'Ordre national des médecins et la ministre de la Santé sont favorables à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes célibataires, Laurence Sailliet a indiqué que son parti ne changerait pas d'avis concernant la « PMA sans père », les mêmes termes que la Manif pour tous. « Nous y sommes opposés pour deux raisons : la pénurie de sperme qui, actuellement en France, nous expose à une marchandisation des gamètes humains ». L'autre raison repose sur l'éternelle question d'égalité entre les hommes et les femmes : « Pourquoi on autoriserait deux femmes à avoir des enfants, et pas deux hommes ? ». Une question qui débouche inévitablement, selon le parti et l’église catholique, sur un autre débat : celui de la légalisation de la GPA pour les hommes, pour laquelle les Républicains se disent contre également : « C'est la marchandisation du corps de la femme ».

La Manif pour tous en mode menaces

Ludovine de la Rochère, la présidente de La Manif pour tous, opposée à la réforme de la procréation médicalement assistée, a appelé (22 septembre) Emmanuel Macron à reculer sur la question de la "PMA sans père" [selon leur formule, ndlr], lors de la 6e université d'été de son mouvement. Pour justifier sa demande, la Manif pour tous s'appuie sur un sondage commandé par son mouvement (Sondage IFOP auprès d’un échantillon de 1012 personnes réalisé les 18 et 19 septembre 2018). Ludovine de La Rochère a affirmé que « 82 % des Français » se déclaraient « opposés à la PMA sans père, soit près de 20 % de plus qu'en janvier », lors d’un point presse. « La sagesse, l'engagement, la raison, la justice, l'égalité pour l'enfant veut [que le président de la République, ndlr] n'aille pas vers une loi permettant une filiation sans père », a-t-elle insisté. Mais s'il devait « passer en force », autrement dit ne pas suivre son oukase, la présidente de La Manif pour tous a prédit une « mobilisation immense » pour s'opposer au projet de loi.

La président Macron n’a pas encore tranché

Pour le moment, on ne sait pas quelle est la position d’Emmanuel Macron sur le sujet et s’il reste sur la ligne de sa campagne présidentielle avec l’engagement de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. L’Élysée a fait savoir qu’il avait beaucoup consulté, en parallèle des travaux du comité consultatif national d'éthique dont l’avis a été rendu le 25 septembre. « Il voit des médecins, des chercheurs, des intellectuels, des pro et des anti-PMA...", raconte un conseiller, cité par RTL.  Le chef de l'État a donc tous les arguments entre les mains. L’Élysée sait que le sujet est très délicat, politiquement sensible. D’autant que le parti présidentiel est divisé sur le sujet. « Il y a une hésitation, au sein même du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale. La position que nous avons prise, et que le président de la République a toujours prise, c'est de refuser la GPA. La PM, c'est accorder des droits identiques aux femmes ; la GPA, c'est accepter la marchandisation du corps. Et nous, nous refusons la marchandisation du corps », a expliqué Christophe Castaner, patron de La République En Marche. Les arbitrages devraient être rendus au mois de novembre. L'Élysée promet une loi en décembre ou au plus tard début 2019.

Commentaires

Portrait de frabro

Il n'est pas possible d'avoir un "débat apaisé" avec des intégristes et des extrêmistes, tels que la manif pour tous, l'Eglise catholique (en tous cas sa hiérarchie) et les politiques les plus à droite tels que le RN et une bonne partie du LR manipulé par "sens commun".

L'évolution sociétale nécessaire, quel qu'en soit le sujet, ne peut être prise en otage par ces groupes très minoritaires sous la menace de "la rue" et en diffusant de faux sondages d'opinion qui disent le contraire des sondages officiels sur le sujet (66% des français pour la PMA élargie et non 80 % contre comme l'affirme La Rochère !).

J'espère que, sous prétexte de "débat apaisé", le gouvernement et le président ne reculeront pas sur leurs promesses et montreront qu'ils ont le courage de défendre leurs convictions.

 

Portrait de Tom Sawyer

Un volet manque dans le débat : l'adoption. J'ai l'impression que c'est mis de côté par les associations LGBT qui défendent la GPA et la PMA. Et la pourtant y a du travail et améliorations à apporter également. 

Portrait de Tom Sawyer

Livre de Marc Olivier Fogiel : "Mais qu'est ce qu'elle a ma famille?

Interview ...

https://youtu.be/7TyN6r6dsPM

Portrait de jl06

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SOS homophobie lance une campagne en faveur de la PMA pour toutes

 

L'association dévoile jeudi une vidéo pour défendre l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes. Une manière de mobiliser avant le débat de la révision de la loi de bioéthique, alors que les opposants à la PMA pour toutes battent le rappel de leurs troupes.

À l'approche de la révision de la loi de bioéthique, les partisans de la PMA pour toutes se mobilisent. Jeudi, SOS Homophobie lance une campagne afin de sensibiliser le grand public à l'acceptation des familles homoparentales. L'association, qui milite pour une loi ouvrant la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes célibataires, mise notamment sur une vidéo signée par TBWAGroupe, diffusée sur les réseaux sociaux.

Le film, intitulé «Un bon parent», met en scène une femme qui s'occupe de son petit garçon au moment du petit-déjeuner, des devoirs, joue avec lui ou encore le gronde. «Et si on donnait à tout le monde le droit d'être un bon parent? PMA, l'égalité n'attend pas», interpelle la vidéo. «Nous voulions montrer qu'être un bon parent n'est pas une question de genre ou d'orientation sexuelle mais que c'est une question universelle qui concerne toutes les familles», explique Joël Deumier, le président de SOS Homophobie. Si la vidéo met en scène un couple de lesbiennes, l'association défend aussi la PMA pour les femmes célibataires comme «une mesure féministe, un progrès pour toutes les femmes».

«Nous ne voulons pas d'une hystérisation du débat comme en 2013»

Au-delà de ce message, cette campagne vise aussi à contrer les arguments des opposants à la PMA pour toutes, très présents dans le débat public. Fortement mobilisés lors de la consultation citoyenne des Etats-généraux de la bioéthique au début de l'année, ils ont battu le rappel de leurs troupes ces dernières semaines. Début octobre, la Manif pour tous a notamment lancé une campagne de communication avec le slogan: «Tous nés d'un père et d'une mère: égalité pour tous!».

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«Au moment du mariage pour tous, il n'y avait pas eu de campagne pour soutenir la loi, souligne Joël Deumier. Aujourd'hui, nous communiquons aussi en amont pour répondre aux slogans et aux propos très stigmatisants brandis par les opposants à cette réforme. Tous ces arguments doivent recevoir des réponses rationnelles et nous allons également diffuser des documents pédagogiques sur la PMA pour déconstruire les idées reçues. Nous ne voulons pas d'une hystérisation du débat comme en 2013, ni revivre la même déferlante de haine. Même si une majorité de Français approuve l'extension de la PMA dans les sondages, il faut rappeler que cette loi est une évidence et une mesure de sécurité sanitaire et juridique nécessaire». Le week-end dernier, SOS homophobie avait également organisé les «Rencontres LGBT+», en présence du Défenseur des droits, Jacques Toubon, et d'une quarantaine d'intervenants rassemblés autour de 10 tables rondes sur les thèmes du genre, de la parentalité et de la lutte contre l'homophobie.

Le débat sur la filiation

Avec cette campagne, SOS homophobie prépare aussi le terrain, en vue du débat qui ne manquera pas d'avoir lieu sur la filiation. L'association plaide pour que les règles d'établissement soient les mêmes pour les couples de femmes que pour les couples hétérosexuels ayant recours à la PMA. Le Conseil d'État, dans son rapport sur la révision de la loi de bioéthique, avait pour sa part mis en avant la possibilité d'établir une filiation ad hoc pour les couples de femmes. L'association ne se prononce cependant pas sur l'épineuse question de l'accès aux origines des enfants nés d'un don. «Nous demandons seulement à ce que le traitement soit le même pour toutes les familles», commente Joël Deumier.

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La vidéo «Un bon parent» a d'ores et déjà reçu le soutien de l'animateur Marc-Olivier Fogiel, actuellement en promotion pour son livre sur la gestation pour autrui (GPA) et sur ses filles, conçues aux États-Unis par une mère porteuse. Pour SOS Homophobie, le sujet de la GPA n'est cependant «pas à l'ordre du jour». «La PMA et GPA sont deux choses distinctes. La GPA est interdite en France pour tous les couples, qu'ils soient hétérosexuels et homosexuels. Ce n'est donc pas un enjeu d'égalité», souligne Joël Deumier.